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Le Prêtre, Homme de la Mission
Conférence à la cathédrale Saint Maclou
dimanche 28 Février 2010


En commençant cette réflexion sur le prêtre et la mission, je voudrai tout d’abord rappeler quelques souvenirs personnels et ensuite citer quelques grandes textes de l’Eglise, notamment deux encycliques sur l’évangélisation et la mission.

Les souvenirs.
Le premier est lié à mes origines dans ma région du Velay, dans les montagnes du Pilat.
Vous le savez, notre région des montagnes du Velay et singulièrement notre village natal de Marlhes ont donné plusieurs évêques, des missionnaires, de nombreux prêtres, religieux et religieuses qui sont partis dans les cinq continents.

Et je voudrai mentionner ici le premier évêque de Polynésie, Mgr Rouchouze, arrivé à Tahiti en 1835 et mort en mer en 1845.
Un autre évêque missionnaire , Mgr Jean Baptiste Epalle, est né lui, à Marlhes en 1808 a suivi le catéchisme auprès de Saint Marcellin Champagnat, fondateur des frères maristes, alors séminariste. JB Epalle est devenu à son tour prêtre mariste, ordonné prêtre, envoyé en mission en Océanie en 1838 pour être l’adjoint de Mgr Pompallier, premier évêque de Nlle Zélande. En 1844, il est consacré évêque de Mélanésie à Rome et meurt martyr sur la plage de l’ile Isabelle le 19 Décembre 1845 en arrivant dans ces îles Salomon. Il n’a rien pu faire d’autre que d’offrir sa vie pour ses populations qu’il venait d’évangéliser.
Enfin, je voudrai mentionner Mgr Jean Baptiste Chausse, né lui en 1846, dans un hameau qui est à un kilomètre de notre propre village. Il entre dans la Société des Missions Africaines de Lyon, est envoyé au Dahomey/Nigéria, devient le supérieur de la mission, nommé évêque de Lagos en 1891, il est consacré dans la primatiale Saint Jean de Lyon. Cela vous dira ainsi le lien particulier que j’ai ainsi avec les Missions africaines en général et le Bénin en particulier.

A ces grandes figures de pasteurs, permettez que j’ajoute un autre nom celui du Père Louis Riocreux, compagnon du fondateur des Missions Africaines de Lyon qui meurt des fièvres au Siarra Leone en 1859 à l’âge de 29 ans.

Si je vous raconte cela, c’est pour vous dire que dans notre région, dans notre village appelé « pépinière de vocations », nous étions bercés dans notre enfance par ces souvenirs du passé glorieux.

Un autre souvenir est lié au séminaire St Mary’s Seminary de Baltimore où j’ai passé trois années studieuses et où j’ai eu la joie de me retrouver il y a un mois. Le bâtiment est immense pour les nombreux séminaristes. Or, au sommet du bâtiment, une inscription que je voyais chaque jour : « Go teach all nations ». « Allez dans le monde entier ». La finale de l’Evangile de Matthieu. Toutes les nations, remarquable invitation faite à ces séminaristes américains pour aller vers tous comme prêtres, hommes de la mission. Et pour ma part, lors de ces années, je pensais à la mission qui m’attendait en Océanie où je m’apprêtais à partir pour toute ma vie, puis, en raison de différentes circonstances en Europe.
Vatican II et Encycliques
Si j’ai cité ces souvenirs, c’est bien sûr pour dire que la mission hier et aujourd’hui est la même avec ces vies données ces hommes qui ont tout quitté pour l’Evangile, et qui sont mentionnés dans les deux textes missionnaires que je voudrai citer, celle de Paul VI, Evangelii Nuntiandi et Redemptoris Mission de Jean Paul II. Ces deux grandes lettres rappellent l’importance de l’évangélisation, de la mission et soulignent l’importance des prêtres dans la mission. Elles font suite à ce que dit le Concile sur la mission, et particulièrement la mission « Ad Gentes », sur l’activité missionnaire qui « découle profondément de la nature même de l’Eglise » (AG 6), avec ce résumé « Les missionnaires (on pourrait remplacer par « les prêtres »), collaborateurs de Dieu doivent faire naître des assemblées de fidèles… des communautés chrétiennes signe de la présence de Dieu dans le monde » (AG 15)

Je citerai maintenant Paul VI, le grand pape du Concile qui a effectué plusieurs voyages missionnaires et a présidé en 1973 le 3ème Synode de 1974 consacrée à l’évangélisation. Un grand texte a fait suite à ce synode, l’exhortation apostolique sur l’évangélisation « Evangelii Nuntiandi », datée du 7 Décembre 1975, au terme de l’Année Sainte et au jour du 10ème anniversaire de la fin du C oncile. Cette lettre est dense, riche de formules, telle celle sur le témoignage de vie : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont les témoins « (EN 41) Et aussi cette phrase nous disant bien l’importance de l’annonce de la Parole de Dieu, en citant Saint Augustin : « En prêchant la Parole de vérité, les douze apôtres ont fait naître des Eglises » (EN 59).

De fait, au premier temps de l’Eglise, les communautés chrétiennes sont nées par l’annonce de l’Evangile, et nous pensons ici aux apôtres et à l’apôtre Paul, ardent pour la prédication, comme nous pouvons le lire dans les Actes des Apôtres donnant le récit de ses trois voyages missionnaires.
Redemptoris Missio
Après Paul VI, Jean Paul II nous a donné le grand texte missionnaire, Redemptoris Missio, publié le 7 Décembre 1990. Je vous en lis l’ouverture : « La mission du Christ Rédempteur confiée à l’Eglise, est encore bien loin de son achèvement. Au terme du deuxième millénaire après sa venue, un regard d’ensemble porté sur l’humanité montre que cette mission est encore à ses débuts et que nous devons nous engager de toutes nos forces à son service. C’est l’Esprit qui pousse à annoncer les grandes œuvres de Dieu : « Annoncer l’Evangile, dit Saint Paul, n’est pas pour moi un titre de gloire. C’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile » (1 Co 9, 16). (RM 1).

Puis, Jean Paul II, parle longuement des Instituts Missionnaires qui ont assuré la mission Ad Gentes et « qui accueillent aujourd’hui, de plus en plus des candidats provenant des Jeunes Eglises qu’ils ont fondées, tandis que de nouveaux instituts sont nés précisément dans les pays qui recevaient des missionnaires et qui aujourd’hui en envoient ». (RM 65) Et, de fait, nous pensons à cet échange des dons entre Eglises, puisque maintenant en France, il y a de nombreux prêtres originaires d’Afrique et, en Océanie comme en Afrique on trouve, à côté des Européens, des missionnaires venant de la Corée ou des îles Philippines. C’est cela l’Eglise, aujourd’hui comme hier, dans cet élan missionnaire qui pousse des hommes et des femmes pour aller loin de chez eux mais y trouvant une nouvelle famille. Comment ne pas penser ici dans cette cathédrale aux prêtres de votre paroisse de Pontoise avec les prêtres originaires de France dont les Pères Emeric et Jean Baptiste que j’ai ordonné ici même, avec le Père Gregor originaire du Kazakhstan et le Père Bernard originaire du Bénin, mais aussi au Père Jean Pierre Richard, prêtre de ce diocèse de Pontoise, missionnaire MEP à Taïwan.

Cette encyclique Redemptoris Missio comporte aussi une envolée prophétique de Jean Paul II que j’aime à citer. D’un côté, dit l’encyclique, il est souligné « que si l’on regarde superficiellement notre monde, on est frappé par bien des aspects négatifs qui peuvent porter au pessimisme »(RM 86) ou encore que « la mission reste difficile et complexe » (RM 87). Et de l’autre, le Saint Père exprime une immense espérance « Alors que nous sommes proches du troisième millénaire, Dieu est en train de préparer pour le christianisme un grand printemps que l’on voit déjà poindre » (RM 86) Et il en donne des signes dans le monde non chrétien comme dans le monde de chrétienté ancienne puisque « les peuples ont tendance à se rapprocher progressivement des idéaux et des valeurs évangéliques, tendance que l’Eglise s’efforce de favoriser » (RM 86).

Et le pape de conclure : « L’espérance chrétienne nous soutient pour nous engager à fond dans la nouvelle évangélisation et dans la mission universelle et nous pousse à prier comme Jésus nous l’a enseigné : « Que ton Règne vienne, que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10).
Quelques Réflexions
Après les souvenirs et ces grands textes sur la mission, quelques réflexions sur le prêtre et la mission.

Le pape, vous l’avez remarqué, parle de « nouvelle évangélisation ». Dès le début de son long pontificat, Jean Paul II a utilisé cette expression et il l’a mis en actes par ses multiples voyages dans les 5 continents et en lançant les Journées Mondiales de la Jeunesse, ces grands moments d’évangélisation et de mission. Nous nous rappelons tous des voyages dans plus de 100 pays du monde, notamment en France à 8 reprises et des JMJ à Czestochowa, Denver, Paris, Rome et Toronto. Pour avoir vécu de nombreux voyages de Jean Paul II et maintenant de Benoit XVI en Europe ou en Afrique, je puis témoigner de la grâce pour l’Eglise par ces voyages pastoraux. Un peu comme un évêque allant visiter ses diocésains, le successeur de Pierre répond à l’invitation des Eglises et des pays pour être avec eux pendant un ou plusieurs jours. Quels magnifiques moments d’évangélisation furent les voyages de Jean Paul II lors des JMJ de Paris en1997 ou à Lourdes en 2004, ainsi que l’inoubliable rencontre de Benoit XVI avec les jeunes sur le parvis de Notre Dame de Paris et la messe sur l’esplanade des Invalides !

Et je mentionnerai aussi les JMJ, depuis celles à Saint Jacques de Compostelle en 1989 – c’était le tout début des JMJ- et celles de Sydney en 2008, en attendant celles de Madrid en août 2011.
Comme prêtre accompagnateur de groupes, ou comme évêque, heureux de conduire d’importantes délégations de Valdoisiens, je puis là encore témoigner de la grâce des JMJ, qui sont comme une grande mission avec les catéchèses, les superbes liturgies et la charité en actes. Au départ, rien n’avait été imaginé de durable, et voici que, maintenant, tous les trois ans, les jeunes des cinq continents sont heureux de se retrouver pour une semaine en entendant la Parole de Dieu, en comprenant le Mystère de l’Eglise et en rassemblant dans leur cœur d’inoubliables souvenirs.

Les adultes d’aujourd’hui, prêtres, consacrés ou laïcs se souviennent de ce qu’ils ont vécu à Czestochowa en Pologne en août 1991 ou à Manille aux Philippines en janvier 1995. Ils sont marqués à vie. Et moi-même, ayant eu la grâce de toutes les JMJ depuis 20 ans, je reste émerveillé de ce que chaque pays d’accueil a pu faire pour accueillir les centaines de milliers de jeunes, chaque pays le faisant avec sa grâce et son génie propres !

Autre réflexion concernant l’esprit missionnaire des prêtres cette fois ci. En pensant aux 8 prêtres que j’ai eu la joie d’ordonner ici même dans cette cathédrale depuis 2003, je rends d’abord grâces à Dieu pour ces jeunes qui se donnent totalement à la mission. Ils sont bien de leur temps, ils ont étudié, ils ont pour certains travaillé et les voici maintenant envoyés dans les paroisses de notre diocèse en union avec les prêtres d’autres générations ou d’autres cultures. Pour la plupart, comme étudiants ou séminaristes, ils ont voyagé pour des séjours humanitaires ou de découvertes en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. Ils connaissent donc le monde. Et ils essaient d’avoir un cœur catholique comme le recommande l’encyclique Redemptoris Missio. « La formation même des candidats au sacerdoce doit viser à leur donner ce véritable esprit catholique qui les habituera à dépasser les limites de leur diocèse, de leur nation et de leur rite pour subvenir aux besoins de l’Eglise entière, prêts au fond du cœur à prêcher l’Evangile en quelque lieu que ce soit. » (RM 67).

Avoir ainsi, comme le dit Redemptoris Missio, un cœur et un esprit missionnaire, et même être prêts à partir.

Le prêtre que je suis et l’évêque que je suis devenu, votre évêque, n’aurait jamais imaginé dans son enfance partir au loin, très loin jusqu’aux antipodes, là où des compatriotes sont partis dans des conditions très difficiles.

La Nouvelle Calédonie. C’est très loin et c’est maintenant très proche puisqu’’il y des vols quotidiens vers Nouméa. Néanmoins, il y a un dépaysement et une adaptation à faire. Jeune prêtre arrivant à l’église du Vœu, puis à la cathédrale Saint Joseph, j’ai eu à m’adapter à une population multi raciale. Ayant laissé la famille, j’ai trouvé une nouvelle famille, celle de l’Eglise.

Là, vous l’avez compris, j’ai vécu des années riches pour le service de la mission en découvrant la richesse de l’histoire de l’évangélisation dans ces îles paradisiaques où les difficultés n’ont pourtant pas manqué comme pour les apôtres, ceux du début de l’Eglise ou ceux des siècles précédents. Partis d’Europe au 19ème siècle, les missionnaires étaient pour la plupart originaires de France, appartenant à différentes congrégations missionnaires comme les pères de Picpus, les maristes et les missionnaires du Sacré Cœur d’Issoudun, les sœurs de Saint Joseph de Cluny. Là bas, à Tahiti, aux îles Marquises, tout comme à Wallis et Futuna, Fidji, Tonga ou encore en Papouasie Nlle Guinée et en Nlle Zélande, j’ai pu comprendre ce que cela voulait dire : « prêtre, homme de la mission ».

Et, lorsqu’ils sont partis, dans le déchirement du départ et du non retour, ils se savaient accompagnés par la prière, le sacrifice de leurs parents et de leurs familles, ainsi que l’aide matérielle de la Propagation de la Foi ou d’humbles prêtres , tel Jean Marie Vianney, ardent pour ramasser des fonds pour les missions. On raconte même qu’ avec l’argent qu’il recevait, il a aidé près de 30 missions à travers le monde.

Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne des missions
Accompagnés par la prière pour la mission ! Comment ne pas penser aux priants, particulièrement les carmélites, et la plus célèbre Ste Thérèse de l’Enfant Jésus.

La petite Thérèse Martin avait entendu de nombreux récits missionnaires durant son enfance puis dans son carmel. Elle connaissait l’histoire de Théophane Vénard, ce prêtre des Missions Etrangères de Paris, mort martyr au Vietnam. Elle avait même composé un cantique en son honneur (Poésie 47).Elle a pris à cœur la mission confiée, celle des deux missionnaires, l’un MEP, le Père Roulland en Chine, et l’autre, Père Blanc, l’abbé Bellière qui s’apprêtait à partir en Afrique.

Par ailleurs, dans un élan missionnaire extraordinaire, dans le grand manuscrit C , elle écrit son souhait, son rêve et sa prière : « J’ai la vocation d’être apôtre, je voudrai parcourir la terre, prêcher ton nom… O mon Bien Aimé, une seule mission n’y suffirait pas, je voudrais en même temps annoncer l’Evangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées, je voudrai être missionnaire….. je voudrai verser mon sang pour toi jusqu’à la dernière goutte… » (Man B, 3r).

A cause de cela, deux ans après sa canonisation en 1925, le pape Pie XI, ce pape missionnaire, la proclamera patronne des missions à l’égal de St François Xavier, le grand apôtre de l’Inde et du Japon au 16ème siècle. L’un a couvert une distance impressionnante pour aller dans ces pays lointains. L’autre est tout simplement resté dans son carmel de Lisieux. Et les voici patrons des missions.

Mais direz-vous, c’était hier et c’était ailleurs. Soit. Mais réfléchissons justement à aujourd’hui. Prêtre, homme de la mission. Dans le cœur des prêtres contemporains comme des prêtres d’autrefois, il y a un ardent désir pour faire connaitre le Christ.
Si je vous ai parlé de ce qui s’est passé au XIXème siècle chez nous en France, c’est également pour comprendre ce qui se passe maintenant ici en France et là bas en Afrique dans ces pays que nous avons évangélisés. 50 ans après l’encyclique Fidei Donum demandant aux Eglises riches d’Europe d’envoyer des prêtres vers les jeunes Eglises d’Afrique ou d’Amérique Latine, voici que le mouvement est inversé.

En effet, les voici ces jeunes Eglises qui donnent maintenant des prêtres pour la mission ici en France.
Et je voudrai dire toute ma joie en ce dimanche en pensant à mes frères évêques africains, notamment du Bénin. L’un m’a demandé d’ordonner un prêtre à N’Dali au nord du Bénin en 2004, permettant ainsi que le premier prêtre que j’ai eu la joie d’ordonner comme nouvel évêque était béninois. De même, le 15 août dernier, lors d’une impressionnante ordination à Porto Novo avec 10.000 fidèles, j’ai pu, à la demande de Mgr Ehuzu, ordonner 11 diacres qui seront prêtres demain pour la mission.

Et ici même, je repense à tous ces prêtres à votre service, ceux ordonnés ici même dans cette cathédrale et je pense aussi aux séminaristes ordonnés prochainement. Ils sont le signe de la vitalité de notre Eglise.

Puisse le Seigneur susciter dans notre Eglise et partout dans le monde des vocations sacerdotales afin que demain des prêtres soient ces hommes de la mission dans notre pays et dans tous les continents.
Je termine avec Redemptoris Missio : « L’Eglise n’a jamais eu autant que maintenant l’occasion de faire parvenir l’Evangile par le témoignage et par la Parole à tous les hommes comme à tous les peuples. Je vois se lever l’aube d’une nouvelle ère missionnaire qui deviendra un jour radieux et riche de fruits. » (RM 92).

C’est notre espérance, c’est aussi notre prière.

Mgr Jean Yves Riocreux
21 février 2010

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