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> > De quelques difficultés…

1. POURQUOI TANT DE DIFFICULTÉS A ÊTRE FIDÈLE A PRIER?

Le 1er acte de la prière est de s’y mettre… Et c’est là aussi que se présente la 1ère difficulté : commencer.
Commencer implique une rupture, une prise en mains, et au fond il y faut de l’énergie et un humble courage.
Mais d’autres difficultés surviennent : un sentiment de stress déjà. Nous sommes tous débordés aujourd’hui, c’est un fait.
Et puis, la prière n’apparaît pas directement rentable. Perdre son temps, perdre sa vie, c’est un peu du même ordre, et on n’aime pas…
Le silence aussi est une difficulté. Où qu’on aille aujourd’hui, on est bercé par la musique... Du coup le silence heurte par l’absence de bruit et il fait peur. Le silence, c’est la mort !

Avec Etty Hillesum plaidoyer pour Dieu
Pendant la 2ème guerre mondiale, Etty était employée dans un camp de transit en Hollande. Elle qui était juive, elle accueillait les personnes juives envoyées là, en état de choc, avant d’être expédiées, dans des wagons fermés, vers les camps d’extermination. Témoin de beaucoup d’horreurs, elle qui n’avait pas 30 ans, elle n’a pas pu se faire beaucoup d’illusions sur ce qui les attendait tous. Or voici un extrait de son journal.

« Ce sont des temps d’effroi, mon Dieu. Cette nuit, pour la 1ère fois, je suis restée éveillée dans le noir, les yeux brûlants, des images de souffrance humaine défilant sans arrêt devant moi. Je vais te promettre une chose, mon Dieu, oh, une broutille : je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous, qui pouvons t’aider ; et ce faisant, nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres.»



Dans cette situation d’urgence absolue, Etty a découvert la prière comme le moyen de sauver la seule chose qui importe: l’étincelle de Dieu en l’homme, et de faire germer cette étincelle en l’autre homme, mon frère.


2. LORS DES MOMENTS DE PRIÈRE, JE DEVIENS MUET, STUPIDE, HÉBÉTÉ ET NE TROUVE RIEN À DIRE.

Peut-être alors peut-on s’aider en utilisant ses mains, son corps au service de la prière.
Marcher en priant, ou prier en marchant. Ou tricoter ou se livrer à quelque travail manuel de détente… Un rythme régulier se crée; le corps, occupé, s’apaise et l’esprit devient libre de vaquer à ses affaires. A ses affaires ou à sa prière.
Prier, ce n’est pas nécessairement parler, c’est aussi admirer, regarder, écouter…


3. QUE FAIRE QUAND L’ESPRIT VAGABONDE ?

C’est un fait, quand on prie on a une foule de distractions.
Les distractions de l’esprit sont variables et multiples. Mais elles ont ce point commun d’être harcelantes comme des moustiques. Plus on les repousse, plus vite elles reviennent.
Comment faire pour que ce soit moi qui les gère et non plus les pensées qui me mènent n’importe où ?
Au lieu de repousser frontalement les pensées qui me harcèlent (ce qui ne fera que les exciter encore), mieux vaut essayer de leur substituer d’autres pensées. Mettre une pensée de Dieu à la place d’une pensée trop humaine ;
Je vais donc délibérément arrêter le cours de ma rêverie.
A ce moment-là je mets concrètement Dieu à la 1ère place dans ma vie.

Et puis répéter une phrase, courte, une invocation, une prière, répéter inlassablement, si possible au souffle de ma respiration. Mantra, oraison jaculatoire ou encore chapelet ou tout simplement le nom de Jésus … après tant d'autres priants de la petite Bernadette Soubirous au pèlerin russe…


- Tu es ma vie, Seigneur, tu es le salut !
- Dieu, mon bonheur et ma joie !
- Seigneur, je crie vers toi.
- Mon Seigneur et mon Dieu !
- Aie pitié, Seigneur, car nous sommes pêcheurs!
- Seigneur Jésus, Fils du Père éternel, prends pitié de moi pécheur!




Il se peut que la suite de ma prière soit paisible ; il se peut aussi que, certains jours, j’aie à reposer ce même choix à de multiples reprises. Alors je quitterai peut-être le temps de prière avec un sentiment d’échec, mais en réalité, n’aurai-je pas montré à Dieu qu’il était vraiment premier pour moi.


4. MES SOUCIS PRENNENT TOUTE LA PLACE…

Ce n’est pas mon imagination! C’est mon cœur qui est préoccupé et absorbé. Je ne suis pas absent du réel ; au contraire, je suis aux prises avec mon réel le plus personnel et je suis donc au cœur de la prière.
car c’est tout ce qui fait ma vie qui concerne Dieu.
Je lui parle comme à mon ami le plus cher…

Je lui confie tout ce qui me taraude et me crève le cœur.
Je lui dis les choses comme je les pense; mon cri, mon scandale et mon indignation.
Tout mon abcès de souffrance je le pose là au pied de la Croix.
Je laisse s’étendre sur moi le grand silence de Dieu.
Je dépose un à un les prénoms et les visages de ceux que j’aime. Et j’étends ma prière plus large que ces quelques proches : il y a tant de malheureux dans le monde, tant de souffrance et d’injustice.
Pas besoin de tout nommer: Dieu sait et cela suffit. Avec tous, je prends place à l’ombre de la Croix, et je me repose en Dieu.


5. ME METTRE EN PRÉSENCE DU SEIGNEUR ME REND STUPIDE…

Il arrive qu’on n’ait pas de souci spécial et pourtant qu’au temps de la prière on se trouve tout sec. On est là en position pour prier, et rien. On est vide, sans pensée, sans désir ; on s’ennuie.
Alors pourquoi ? Il se peut tout simplement que je m’y prenne mal avec moi-même. J’ai un corps, j’ai un tempérament. Si je n’en tiens aucun compte, ils vont crier à l’heure de la prière. Une revendication, en somme!
Il se peut aussi que j’aie papillonné toute la journée, ou que je me sois laissé absorber complètement par ce que je faisais (qui était à faire et qui était très bien) et tout à coup c’est l’heure de la prière…



« il faut faire toutes nos actions avec poids et mesure, sans impétuosité ni précipitation, qui marquent un esprit égaré. Il faut travailler doucement et amoureusement avec Dieu, le prier d’agréer notre travail...»
Frère Laurent de la Résurrection


Mais il arrive aussi que j’aie mené ma journée calmement ; et que pourtant, à l’heure de la prière, je me retrouve pauvre et aride.
Peut-être est-ce simplement que Dieu se donne à connaître de moi, comme il est ; il me fait confiance et il se montre sans fard. Moi, avec ma sensibilité, je ressens un vide, mais ce n’est pas forcément le fond du fond. Peut-être s’agit-il alors de consentir à ce rien que je ressens, à donner à Dieu le temps qui file sans que j’y aie du goût, à m’oublier...


O mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère. Pacifiez mon âme, faites en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre action créatrice.

O mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre coeur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer ...jusqu' à en mourir! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous-même », d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m'envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre vie. Venez en moi comme adorateur, comme réparateur et comme sauveur. O Verbe éternel, parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d'apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière ; ô mon astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

O feu consumant, Esprit d'amour, survenez en moi, afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe: que je lui sois une humanité de surcroît en laquelle il renouvelle tout son mystère.

Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».

O mes trois, mon tout, ma béatitude, solitude infinie, immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez- vous en moi pour que je m'ensevelisse en vous, en attendant d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs

Soeur Elisabeth de la Trinité

Les sœurs du Carmel de Domont

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