De retour ce matin d'un extraordinaire séjour de deux semaines au Bénin - dont une journée au Togo- je me fais une joie et un devoir d'amitié de témoigner de ce que nous avons vécu là bas en Afrique.
Pour la 8ème fois donc, je foulais le sol béninois en atterrissant le mercredi 12 Août à "l'aéroport international de Cotonou Cardinal Bernardin Gantin". Etonnante appellation pour un aéroport. Avant le grand cardinal Gantin (1922-2008), né à Toffo au coeur du pays, deux personnalités catholiques ont donné leur nom à l'aéroport: le Pape Jean Paul II dans sa ville de Cracovie et Mère Térésa en Albanie, son pays natal. Quelle émotion en entendant son nom lors de notre descente vers la capitale du Bénin! Et que de souvenirs ravivés, dont celui de sa mort à l'hôpital Pompidou à Paris le 13 Mai 2008!
D'ailleurs, si je venais cette fois ci au Bénin, c'est bien à cause du lien particulier avec cet homme d'exception, grand serviteur de l'Eglise et le plus grand béninois contemporain. En effet, les 10 évêques du Bénin avaient tenu à m'inviter pour présider le grand pélerinage marial de Dassa Zoumé le 23 Août.
Aussi, en arrivant, je savais que je serai pris en charge avec un programme intense. Celui ci a été ouvert dès le 13 Août, premier jour de mon séjour par le recueillement sur la tombe du cardinal dans la chapelle du Séminaire Saint Gall où il avait été successivement étudiant et professeur. Les 25 jeunes et adultes - dont 6 séminaristes- m'accompagnent ce jour là pour la messe et cet hommage. Je tenais à commencer par cette démarche significative à Ouidah, lieu d'arrivée des missionaires en 1861 et dans ce séminaire ouvert il y a près d'un siècle.
Après cette célébration dans l'intimité, ce fut l'ordination grandiose du 15 Août à l'invitation de mon frère, Mgr René Marie Ehuzu, évêque de Poroto Novo. il m'avait averti, mais nous fûmes impressionnés. 20 prêtres et 11 diacres lors d'une messe durant... 6 Heures, en présence de 10.000 fidèles supportant la longueur de la cérémonie et la chaleur. Les dizaines d'Européens présents sont marqués par la ferveur, la beauté des ornements liturgiques et l'accueil chaleureux lors d'un repas fraternel.
Nos Valdoisiens - le groupe conduit par le Père Machenaud et les 7 guides ainées de Pontoise avec le Père Djessoukpo- ainsi que les 30 catholiques venus de Croatie sont bouleversés. Et quel symbole à la fin de la célébration lorsque les affectations sont annoncés, dont celle du Père Rodolphe, prêtre formé dans un séminaire de Croatie et très justement envoyé en mission dans ce pays!
Puis, après cette fête de l'Assomption à Porto Novo, capitale politique du pays, je me rends rapidement à Lomé, capitale du Togo pour y rencontrer trois évêques, participer à une émission sur Radio Maria et saluer au retour à Agoué le doyen des évêques et prêtres du pays, Mgr Vincent Mensah, 85 ans.
Tout au long de la route, nous pouvons évoquer l'évangélisation du pays, la vie de l'Eglise aujourd'hui, dont les conversions et les nombreuses vocations - Le diocèse de Cotonou a vécu cette année l'ordination de...37 prêtres, 25 ans diocésains et 12 religieux!-.
Puis la semaine à Cotonou est remplie de rendez vous et rencontres officielles avec les plus hautes autorités du pays (Président de la République, Ministre des Affaires Etrangères, Ambassadeur de France etc...). Partout, nous évoquons le cardinal Gantin et la grande célébration mariale à Dassa Zoumé. Nous parlons aussi de l'évolution politique et économique dans ce pays ainsi que du récent voyage de Benoit XVI en Afrique en mars dernier et l'espoir de la venue prochaine du Saint Père au Bénin, dans le cadre d'un nouveau voyage papal dans ce "continent de l'espérance".
Mais le sommet de notre séjour était naturellement ce 55ème pélerinage au sanctuaire d'Arigbo. Initié par Mgr Parisot le 11 Février 1954, il s'est développé sous l'impulsion de Mgr Gantin, successivement archevêque de Cotonou et proche collaborateur des papes successifs à Rome durant 30 ans. Le prélat béninois avait souhaité avant de mourir qu'une immense basilique de 6000 places soit édifiée. Ce qui fut fait, même s'il reste encore de nombreux travaux de finition et de décoration.
Après un voyage de 3 Heures avec une escorte officielle, nous sommes accueillis par l'évêque du lieu et président de la conférence des évêques du Bénin, Mgr Antoine Ganyé. Visite des lieux, prières des milliers de pélerins avec les multiples messes - dont celle des 80 jeunes prêtres ordonnés récemment-, chemin de croix, procession aux flambeaux. Ce pélerinage ressemble à certains égards à celui de Lourdes, puisque le rocher rappelle la grotte de Massabielle.
Après un dîner fraternel et joyeux avec les évêques du pays- la plupart sont déjà venus à Pontoise- nous nous préparons aux célébrations du lendemain. Nous étions avertis: cela devrait durer 4 Heures. Et de fait, la messe commencée à 10 H se conclut à 14 H! Dans l'homélie préparée depuis des semaines ici en France et là bas à Cotonou, j'évoque le cher cardinal Gantin avec ces mots en langue fon. "E Ni Kpa Mahu, E Ni Kpa Maria", ce qui signifie Loué soir Jésus Christ et Loué soit Marie. Et, longuement, je rappelle l'histoire de ce pélerinage, en méditant la Visitation de Marie, Etoile de l'Evangélisation. Je cite enfin l'exhortation de Paul VI, Evangelii Nuntiandi, un très beau texte publié en 1975.
Et, au terme de cette célébration liturgique, une cérémonie nationale conduite par le Président de la République, le docteur Boni Yahi avec la remise des insignes de Commandeur de l'Ordre National du Bénin à l'évêque de Pontoise. Moment d'amitié et de reconnaissance pour l'homme de Dieu français devenu ami du Bénin.
Une formule du cardinal Gantin sur son pays m'ayant frappé, je me permets de l'utiliser: "Le Bénin, un petit pays...mais de grande taille". Les radios béninoises citent cette phrase à plusieurs reprises.
Que retenir encore de ce séjour? L'accueil fraternel et joyeux partout, à la nonciature comme dans les évêchés de Cotonou, Porto Novo, Abomey, Dassa et surtout à Djougou, au Nord avec Mgr Paul Viera. Soirée inoubliable avec le pasteur de ce diocèse à présence musulmane importante. La grande dignité des personnes rencontrées, y compris celles vivant très modestement. La qualité de la formation des séminaristes - ils sont près de 400 dans ce p!ays de 7 millions d'habitants. Et enfin l'action sociale de l'Eglise et sa présence dans les média, avec notamment Radio Marie Immaculée et le journal "La Croix du Bénin".
Dans ma mémoire et dans mon coeur, tous les souvenirs restent gravés. Et je remercie le Seigneur de m'avoir conduit à nouveau dans ce pays!
Des missionnaires partis de chez nous ont semé largement cette terre africaine. Et voici maintenant le fruit de ces semailles. Une Eglise Vivante.
Avec nos pélerins venus de France, nous avons compris ainsi l'importance du Synode pour l'Afrique qui se déroulera en octobre prochain à Rome.