Depuis plusieurs semaines, les dates d’un séjour à Washington/Baltimore avaient été retenues avec le Père de Romanet, curé de la paroisse Saint Louis de France dans la capitale des USA ainsi qu’avec le Père Terrien, ancien supérieur général de Saint Sulpice, professeur au St Mary’s Seminary de Baltimore. Tout était bien programmé pour un anniversaire, celui des 50 ans de la paroisse francophone de Washington et pour un « pèlerinage » dans le séminaire sulpicien de Baltimore, là où j’ai étudié de 1971 à 1974.

En décembre dernier, le Père Antoine de Romanet, prêtre parisien, m’avait invité à   présider  ce Jubilé  d’Or de la paroisse. Il avait magnifiquement organisé…mais ce fut  quelque peu perturbé par la tempête de neige du siècle !

Arrivé comme prévu mercredi soir à « Dulles Airport », l’immense aéroport international, dès le lendemain, je me retrouvais  à Baltimore, « at home » dans ce séminaire dont je garde d’excellents souvenirs. Joie de retrouver des amis professeurs, de partager plusieurs repas avec les prêtres  et quelques uns des 80 séminaristes. Joie de participer à la messe d’institution de 13 lecteurs et 21 acolytes dans l’immense chapelle où Jean Paul II est venu prier en 1995. Cette célébration présidée par l’évêque de Trenton, Mgr John Smith, est chaleureuse et commence à l’américaine par quelques phrases pour faire sourire. Je suis chaleureusement applaudi comme ancien élève… De fait, c’est une première, car je n’avais jamais eu l’occasion de célébrer dans cette chapelle où j’ai prié chaque jour trois années durant.

Cette célébration des institutions et  le diner festif  du jeudi  sont la preuve de la vitalité du catholicisme américain (65 Millions de catholiques dans 195 diocèses). Et ces moments heureux sont cependant suivies de multiples conversations sur le « weather », la météo annonçant avec une précision étonnante la tempête, « Blizzard 2010 ! » Tous se préparent donc à cette tempête annoncée pour le vendredi midi.

Aussi, les habitants de Washington et Baltimore se ravitaillent dans les « supermarket » pour un siège d’un week-end. Cette prévoyance est d’autant plus nécessaire que la tempête aura duré près de 36 Heures.

Avec le Père  Larry Terrien, comme prévu, nous nous rendons à Waldorf dans le Maryland pour une visite dans une paroisse du diocèse de Washington, à l’invitation des deux prêtres,  l’un  français  ordonné en juin dernier par Mgr Wuerl. En effet, cette paroisse Saint Pierre a bénéficié du ministère d’un prêtre sulpicien, extraordinaire. Le Père Narcisse Martin, né dans le Pas de Calais en 1845, a été professeur dans les séminaires de Rodez, Autun, Montréal et Baltimore avant de devenir le curé de Waldorf de 1894 à 1929, « un curé d’Ars  américain », proche de son peuple. Pendant le déjeuner, alors que la neige commence à tomber, nous évoquons ce prêtre ainsi que les nombreux prêtres et évêques français qui ont évangélisé les Etats Unis au 19ème siècle – le premier évêque de Boston, Mgr de Cheverus était originaire de la Mayenne,  et près de 30 évêques dans le Maryland, le Texas ou le Colorado étaient français !

Retour à Washington sous la neige. Visite rapide de Theological College, près de « Catholic University » et arrivée à la maison paroissiale pour le début des festivités du 50ème anniversaire de la paroisse. Nous nous rendons à la résidence de l’ambassadeur de France. Malgré la tempête, 150 personnes sont là et écoutent les discours de Mr Vimont , l’ambassadeur, du nonce apostolique, de l’archevêque et du Père Aubert, curé de la cathédrale de Chartres, ancien curé de cette dynamique paroisse de 92 à 95. Moi-même, j’évoque le  dominicain qui a beaucoup œuvré pour cette paroisse de 1968 à 1986, le Père de Rocquois et mon ordination diaconale à « Epiphany church » de Georgetown le 31 Mars 1974.

Après cette excellente soirée à l’ambassade qui marquait le début de ces fêtes, chacun rentre  chez soi en se préparant à  un week end particulier. Dès le samedi matin, compte tenu de l’épaisse couche de neige, tous restent dans les maisons et appartements attendant la fin de « la tempête du siècle » - la précédente remonte à…1922 !- De l’appartement au 19ème étage où je me trouve, nous contemplons le spectacle de ce manteau de neige enveloppant la capitale américaine. Comme prévu, dans l’après midi, la neige cesse de tomber et les chasse neige peuvent accomplir leur indispensable tâche. Tout est arrêté : les aéroports sont fermés ainsi que les magasins…ainsi que  les églises et temples. La messe du cinquantenaire prévue à l’église Ste Jeanne de Chantal est bien sûr annulée ainsi que le diner de 100 personnes au profit de Haïti.

Pendant une heure, je marche dans  Bethesda : la River Road et la Falls Road sont libérées de toute voiture – les américains suivent strictement les consignes d’interdiction de circulation-. Très facilement, je parle avec des marcheurs, dont une catholique heureuse de rencontrer un évêque français !

Dimanche matin, la circulation est toujours déconseillée. Cependant, nous nous rendons à l’église de l’Epiphanie pour la messe solennelle.  Nous nous attendons à une petite assemblée. Finalement, près de 100 fidèles ont bravé les conditions difficiles pour « être là » et prier. Intention particulière pour cette messe : l’épouse de l’ambassadeur de France au Liban, décédée le mois dernier dans le crash aérien de l’Ethiopan Airlines à Beyrouth. L’ambassadeur et quelques amis rendent un vibrant hommage à cette femme qui a vécu  récemment avec son mari à Washington.

Cette messe émouvante est suivie de rencontres avec les paroissiens  d’aujourd’hui… et d’hier. Je retrouve en effet plusieurs anciens, dont une belge qui faisait partie de notre groupe de jeunes de l’aumônerie et des guides de la paroisse. Joie de ces retrouvailles amicales.

C’est aussi pour moi l’occasion de revivre dans l’action de grâces l’ordination diaconale de 1974 par Mgr Brunon, mon oncle, alors évêque de Tulle qui avait fait le déplacement pour l’évènement.

Pour ma part, j’ai été très heureux  de ce bref séjour aux Etats Unis dans des circonstances particulières. Mais tout s’est terminé normalement, puisque dès dimanche après midi, l’aéroport était ouvert. Nous avons décollé sans difficulté au milieu d’une nappe de neige d’un mètre. Retour comme prévu ce matin pour être ce soir à l’ouverture de l’exposition biblique à l’UNESCO à Paris.