LE BLOG DES PRÊTRES DE L’EGLISE CATHOLIQUE EN VAL-D’OISE

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mercredi 7 juillet 2010

« La vraie mesure de nos vies... »

On m'a demandé de vous parler ce soir non de mon chemin vocationnel, mais de la manière dont l'appel de Dieu résonne aujourd'hui, dans ma vie de tout jeune prêtre – je fête pratiquement mon 1er anniversaire d'ordination... puisque j'ai été ordonné le 28 juin dernier, avec le P. Jean Baptiste, ici même. A 30 ans, une vie nouvelle s'ouvrait, à la fois longuement préparée, préparée depuis toujours dans le cœur de Dieu, préparée mystérieusement dans ce cheminement humain et plus concrètement pendant ces 6 années de séminaire, et en même temps mystérieuse, impossible à anticiper : il s'agissait maintenant de vivre en prêtre...

Comme toujours dans la vie chrétienne, il s'agit de devenir ce que l'on est – et comme le dit Saint Paul, « ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu ». Par le sacrement de l'ordre, j'ai été bouleversé au plus profond de mon être. Je suis sorti de cette cathédrale différent de celui qui y était rentré 2h plus tôt. Transformation radicale! Radicale au regard de la foi... mais pourtant, je ne me suis pas senti beaucoup changé ; je restais bien le même homme.

Si je vous dis cela, c'est parce que le premier appel qui résonne dans ma vie aujourd'hui, c'est tout simplement … l'appel à être prêtre ! Un appel bien plus fort qu'auparavant, du temps où j'étais au séminaire. Puisque tu as reçu ce don, eh bien sois prêtre! Sois le vraiment, profondément, de plus en plus!  C'est un « Oui » à redire chaque matin : « tu m'as appelé, me voici » ; un oui à vivre dans l'action de grâce...

J'ai l'impression d'être comme une corde neuve, encore trop tendue, pour laisser résonner d'autres appels de Dieu, plus subtils, nuancés. J'en suis aux fondamentaux, en quelque sorte! La célébration des sacrements, la manière de se situer dans une paroisse... Cette première année a été très dense, riche en découvertes! Et les appels que je recevais chaque jour étaient aussi simple que cela, face à ces situations nouvelles : Donne toi ! Courage ! Regarde comme c'est beau, tel ou tel événement, telle ou telle rencontre ! Et j'essaie ainsi simplement, jour après jour, de m'accorder à ce don de l'ordination.

La caisse de résonance de cet appel de Dieu, c'est la prière, ce moment de cœur à cœur. J'aime à prier dans le calme du matin, avant l'agitation des activités : la journée s'ouvre différemment ! C'est le lieu de l'acte de foi, où l'on s'appuie fermement sur le Christ pour la journée ; lieu de l'écoute de la Parole de Dieu pour éclairer les rencontres, les décisions ; lieu pour rendre à Dieu ce qui est à Dieu, en reconnaissant que tout vient de Lui. La prière d'ailleurs elle même est un appel, Dieu qui m'attire à Lui, tant l'intimité avec Lui est la source de cette mission. C'est aussi l'appel qui résonne tout au long de la journée par la liturgie des heures, qui permet de demeurer dans ce halo de prière, appel aussi à tout remettre dans les mains du Seigneur. L'autre caisse de résonance, c'est la communauté : la rencontre de ce peuple, en particulier lors de la messe dominicale, donne consistance à cet appel à être prêtre.

Un appel qui se traduit par une invitation à être présent à ce que je vis, tout simplement. Présent à ce que je célèbre ; présent aux personnes que je rencontre : comme si le Seigneur me disait : « sois là !». Je crois que l'appel de Dieu passe beaucoup par les circonstances présentes. Un exemple :  ayant été attentif à ramener quelqu'un après la messe, je me retrouve à passer devant la maison d'une famille ayant vécu un deuil ; je n'avais pas prévu de les visiter mais je reçois cela comme une invitation, et je sonne. Nous avons eu une discussion riche et profonde, et je crois que ma présence n'était pas un hasard ce soir là – ni un plan de ma part...

C'est dans cette présence que se vivent la richesse et la joie du ministère de prêtre. Là qu'on découvre parfois, comme par flashes, le trésor dont nous sommes porteurs. Dans des visages transformés, dans des cœurs qui s'ouvrent, des démarches de conversion, des engagements missionnaires... on voit combien la puissance de l'Evangile est agissante !! Je suis régulièrement émerveillé devant de belles manifestations de foi, de charité... J'ai parfois l'impression, comme prêtre, de parler de l'Évangile et que ce sont les autres qui le vivent !! Simplement, peut être, parce que la situation qu'ils vivent sollicite particulièrement leur foi à ce moment précis... En tout cas, ces flashes m'invitent à vivre l'immense richesse de ces rencontres de toutes sortes, touchant à l'essentiel ou plus banales, comme des rencontres toujours porteuses du même appel : l'appel que Dieu lui même adresse à chacun. Cet appel de Dieu qui désire rejoindre tous ses enfants est aussi celui qui résonne en moi dans ces rencontres.

Autre source d'émerveillement et de joie : que le Seigneur se serve de moi, pauvre petit instrument, pour faire quelque chose qui me dépasse ! Une joie qui ne va pas toujours sans la Croix, car elle passe par la confrontation à mes faiblesses. Il faut bien que je l'avoue : ma plus grande difficulté, dans ce ministère de prêtre, c'est moi même. Limites, recherche de soi, peur de ne pas être à la hauteur... Eh bien, le Seigneur a voulu se servir de cela ! Et l'ordination, c'est cela : le sacrement  transforme le pauvre don de ma vie en don de sa propre vie à Lui !

Le pauvre don de ma vie... certains vont peut être dire, il en a de bonnes ! C'est quand même un geste pas évident ! Et c'est vrai : dire « oui », engager toute ma vie, cela me semblait une montagne avant de le faire. Cela demande un peu de courage ! Et pourtant, je commence à réaliser que c'est peu de choses, bien peu de choses... en regard de ce que Dieu fait de ce don ! Là est la vraie mesure de nos vies.

Et c'est pourquoi je voudrais terminer en vous parlant de l'Eucharistie, l'Eucharistie qui est au cœur de la vie chrétienne et qui est aussi au cœur de la vie du prêtre. La célébration quotidienne de la messe est essentielle pour moi : c'est ce moment d'identification totale, plénière au Christ, à sa vie donnée. Comme par la puissance de l'Esprit ce pauvre pain devient le corps du Christ, de même le pauvre don de ma vie devient don de la vie de Dieu. A chaque messe je replonge dans la grâce de l'ordination. C'est la grande joie, la grande grâce, le cœur de ma vie de prêtre, le lieu où l'appel se fait le plus fort, le plus pressant, le plus aimant. L'eucharistie m'appelle à m'unir au Christ et à m'offrir avec lui. Ensuite, il ne me reste plus qu'à vivre dans toute ma vie ce que j'ai vécu à ce moment inouï... Seigneur, qu'en te contemplant ce soir dans ton Eucharistie, nous puissions laisser résonner en nos cœurs l'appel de ton cœur qui veut attirer tous les hommes dans l'amour du Père!


Témoignage pour la Veillée de prière pour les vocations - 26 juin 2010

lundi 5 juillet 2010

« On va loin ? » « Tu verras ! »


Jean Hidoux, prêtre à Goussainville, prêtre depuis 50 ans.

Je suis du diocèse de Pontoise et j'ai toujours exercé le ministère de prêtre dans des paroisses situées à l'est du diocèse : Goussainville, Villiers-le-Bel, Gonesse, Sarcelles.

A 17-18 ans il y a eu comme une étincelle dans ma vie. J'ai été attiré par Dieu. C'était comme une soif de quelque chose de beau, de grand. Sans doute, je cherchais un point d'appui fort devant un monde et un avenir incertains.

Comment s'est fait cette prise de conscience ?

A l'occasion d'une récollection, j'ai entendu en profondeur une parole de saint Ignace de Loyola : « L'homme est fait pour louer, adorer, glorifier Dieu . » Je n'avais jamais pensé ma vie ainsi. Et dans ce même temps un prêtre m'a posé la question : »Tu ne deviendrai pas prêtre? » J'ai répondu que je n'y avais jamais pensé. Un an plus tard le même prêtre m'a reposé la même question. Je n'ai répondu ni oui, ni non, mais : « je vais essayer. » C'était pour moi le prolongement de ma découverte de Dieu.

J'avais découvert Dieu comme centre de vie, mais Jésus-Christ n'était pas essentiel pour moi. Ma découverte de Jésus-Christ est passée par l'approche de la Parole.

Le lundi 14 juin je suis allé à l'enterrement de quelqu'un que je n'avais pas vu depuis quarante-cinq ans, le Père Raymond Deville, mon professeur d'Ecriture Sainte au séminaire. J'y suis allé par reconnaissance. Il nous a appris à saisir le sens des mots dans la bible, à replacer un texte de la bible dans son contexte historique, mais il m'a surtout aidé à lire la bible, à chercher son message et pas seulement à faire de l'étude de texte.

Un autre prêtre m'a aussi aidé à découvrir la Parole. C'est Antoine Chevrier, un prêtre lyonnais qui a vécu il y a 150 ans. Il a travaillé le nouveau testament avec passion pour mieux connaître Jésus-Christ, pour s'attacher à lui, pour mieux le suivre. Il a fondé une famille spirituelle : le Prado, qui existe toujours. Et le Prado m'a aidé, entre autres, à chercher Jésus-Christ dans la Parole.

Un mot sur la Parole.

Lire le nouveau testament ça peut être passionnant mais
c'est aussi comme un travail qui demande d'y consacrer du temps, de la persévérance
c'est une recherche qui ménage des surprises, qui renforce des convictions

 En ce moment je relis l'évangile de saint Jean avec une perspective : regarder Jésus-Christ en conflit. Jésus-Christ est souvent en conflit dans saint Jean.

Ca m'aide à connaître Jésus-Christ, mais ça me fait réfléchir aussi sur nos propres conflits. Ca me fait mieux comprendre que Jésus-Christ est là dans notre monde de conflits et pas seulement là où tout est bien, où tout est bien. Lire l' Ecriture, ça demande aussi de s'arrêter dans sa lecture, pour faire silence, pour réfléchir, pour prier, pour se mettre en attitude d'accueil. Tout cela pour que ce texte que je lis devienne une Parole que Dieu m'adresse : « Jésus, que veux-tu me faire saisir sur toi, sur moi, sur nous? »

Recevoir la Parole éclaire la vie quotidienne, mais pose aussi des questions. Par exemple, les Béatitudes. Je sais qu'il n'y a que Jésus qui les vit à fond, mais elles me posent toujours question, je m'en sens si loin dans ma vie.

Quelle grâce quand on peut partager ensemble autour de la lecture d'un passage de l'évangile .Le plus formé à la lecture des textes peut aider le groupe à mieux comprendre le sens du texte, mais celui qui sait à peine lire peut aider le groupe à comprendre la profondeur du texte et sa relation à notre vie.

Chacun peut faire cette lecture spirituelle de l'Ecriture. Mais en la faisant, je me situe aussi comme prêtre, appelé à connaître Jésus-Christ, à essayer de le suivre, personnellement et avec d'autres.

Pour être complet, il faut dire que même si j'ai la conviction, ma pratique n'est pas toujours à la hauteur de mes convictions.


Je vous ai dit : J'avais découvert Dieu comme centre de vie et ensuite Jésus-Christ, en particulier par la Parole. Mais il n'y a pas que l'ouverture à Dieu quand il frappe à la porte et l'approche de Jésus dans le nouveau testament. Il y a les autres et ils m'ont aussi donné Dieu et Dieu me pousse vers les autres.

D'abord ma famille, là je ne m'étends pas. Ce fut la première source.

Ensuite, je pense aux chrétiens.

J'ai eu la chance d'être en église avec des religieuses, des chrétiens jeunes ou adultes pour des temps de travail et d'amitié.

J'ai eu la chance d'être en équipe de prêtres et de partager la vie quotidienne. Bien sur, il y a des moments plus difficiles, mais comme c'est important de se soutenir les uns les autres, de réfléchir ensemble, de prier ensemble, entre prêtres.

En ce moment, je suis avec Gilles, mais j'ai été avec Jean-Eudes, Eloi, Pierre, Régis, Nicolas, Timothée, Henri, Jo-Yves et je n'oublie pas Georges, Claude... et je m'arrête là. Je n'ai pas souvent dit à chacun combien sa présence comptait pour moi, je le dis maintenant. Pierre qui est là le reçoit pour tous.

Et parmi tous ceux que j'ai rencontrés, je pense à des personnes qui semblent démunies et qui, parfois, transpirent Dieu. Par exemple :

Une malade dans un hôpital long séjour. Quand je l'ai rencontré pour lui porter la communion, elle était paralysée, seule sa tête était vivante, c'était impressionnant. Je lisais le texte de l'évangile du jour et nous en parlions. Elle s'exprimait sur la confiance en Dieu, sur la proximité de Dieu et je me disais : « Si j'étais à sa place, qu'est-ce-que je dirais? » Une autre malade l'entourait de son bavardage à longueur de journée et elle la supportait. Elle me disait : « Heureusement, j'ai la nuit pour prier. » Je me sentais tout petit devant sa foi et sa charité, j'étais devant l'œuvre de Dieu au sein d'une vie en souffrance.

Je cite cette situation, mais il y en a des centaines, des milliers, que nous pourrions apporter.

Nous les prêtres, nous sommes de ceux qui rencontrons des situations lourdes et aussi des merveilles. Chacun a sa manière de les porter en lui-même. Certains y repensent dans la prière du soir. Pour moi, tous les deux trois jours, j'écris. Ce sont des jeunes qui m'ont appris cela, autrefois, à la JOC (jeunesse ouvrière catholique) Je ne tiens pas un journal, j'écris pour revenir sur une rencontre, une situation que j'ai partagée. J'écris pour me rappeler, pour réfléchir, pour repenser aux personnes, pour prier pour elles, ou pour remercier Dieu. La aussi, il faut mettre du silence, de la présence à Dieu, même si je suis loin de toujours le faire.

Dieu s'est révélé dans l'humanité par Jésus-Christ et il continue de se révéler, au milieu de toutes nos faiblesses. Les autres aussi nous donnent Dieu.

Mais lui, s'est engagé avec nous, avec les démunis.
Est-ce que je me suis engagé avec les autres, avec les démunis ?
Un peu, mais là aussi je peux me poser des questions.
 

Et ces moments où l'on cherche à porter un regard de compréhension et de foi sur notre  vie avec les autres, sur le monde, je les connais aussi avec des groupes :

Une communauté de religieuses, des groupes de chrétiens, le groupe de prêtres du Prado auquel j'appartiens. Et quelquefois, une réunion de doyenné, de catéchistes, de catéchuménat, de liturgie. Je dois dire que ce sont les religieuses qui, pour moi, moi savent le mieux porter un regard de foi et d'amitié sur notre monde, sans doute parce qu'elles sont attentives aux personnes et portent leurs rencontres dans la prière.

J'ai parlé de bien des choses :
Etre attiré par Dieu,
L'importance de la Parole,
La vie avec les autres,
Mais jusqu'ici, rien sur l'Eucharistie.

Parce que tout ce que j'ai exprimé auparavant rentre dans l'Eucharistie, le plus lourd et le meilleur.
Dans l'Eucharistie, tout est présenté à Dieu,
Tout est accueilli, purifié, porté par Jésus-Christ, tourné vers le Père
C'est là qu'il nous forme comme son peuple, c'est là qu'il nous envoie

L'essentiel, c'est Jésus-Christ et c'est là en particulier, qu'il nous associe à lui, à son mouvement vers les autres, à son mouvement vers le Père

Et moi comme prêtre, je me prête à lui pour qu'il rassemble son peuple, pour qu'il le nourrisse, pour qu'il l'entraine vers le Père, pour qu'il l'envoie.
Et je suis aussi dans ce peuple.
Ca me dépasse, mais je suis heureux de le faire.

Un autre point.
Avec l'âge, les possibilités d'action diminuent, la réflexion se ralentit, les capacités de contacts se limitent, mais la rencontre avec Jésus-Christ peut continuer et pour certains elle s'intensifie. Nous les plus âgés, nous avons toujours de l'avenir en Jésus-Christ. Ca ne repose pas sur nous, ça repose sur lui.


En finale
Pour exprimer la vie avec Jésus-Christ, j'ai trouvé un dessin, il est signé « Brunor » et il fait la couverture d'un livre écrit par un prêtre qui a été dans le diocèse, Alain Patin. C'est un petit livre précieux pour lire des passages de l'évangile de saint Luc et pour rapprocher le texte de sa vie. Ce livre s'intitule : « Conduite accompagnée » Tout un programme.

Sur le dessin il y a deux personnages, tous deux courent en se donnant la main.
Le premier c'est Jésus, il coure devant.
Le second, c'est un aveugle, il a une canne blanche, il porte des lunettes noires, pourtant il coure en tenant la main de Jésus et il sourit. Il demande à Jésus : « On va loin? »
Et Jésus lui répond : « Tu verras »
Jésus, c'est Jésus.

L'aveugle, c'est nous. Nous courons derrière Jésus, avec nos limites, il nous tient la main et nous tenons sa main. Attention, sa main est toujours tendue et ouverte, ne pas la lâcher.
Et nous lui disons : »On va loin? »

Et il répond : « Tu verras »  Tu verras, ça a plusieurs sens.

On va loin ?   Tu verras !

       

(Intervention à la veillée de prière du 27 juin 2010  pour l'ordination de Sébastien Thomas...)

dimanche 27 juin 2010

Mon âme bénit le Seigneur

Ce texte est du père JB Armnius

« - Clément, 6ans Maman, aujourd'hui, avec la classe, nous sommes allés à Pontoise, et nous avons rencontré un prêtre qui nous a donné des nouvelles de Jésus. - des nouvelles de Jésus ?! mais Jésus est monté au ciel il y a 2000 ans ! - en tous cas, il avait l’air de bien le connaître ! »

Le connaître

Connaître Jésus ! il y a quelques années, lorsque je me suis rendu à Rome, en pèlerinage avec les séminaristes de notre diocèse, le Saint-Père nous adressait ces paroles : « Grandissez dans la connaissance et dans l’amour du Christ » Et si la première mission du prêtre consistait à connaître Jésus ? Non pas avoir des connaissances sur Lui, comme on connaîtrait une formule de maths, mais le connaître de l’intérieur, c’est partager son intimité, à la manière dont se connaissent deux amis qui se fréquentent, au point de finir par se ressembler. C’est le but que se propose saint Paul : Le connaître, Lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, afin lui devenir semblable (Phil III).

Benedictus benedicat

A quelques jours de l’anniversaire de mon ordination sacerdotale aux côtés du P. Samuel Berry, je me souviens de ce 28 juin 2009, où nous nous sommes mis à bénir ces enfants de Dieu à genoux, à bénir encore, à en avoir mal au dos ! j’ai alors compris que tout mon ministère était appelé à être un ministère de bénédiction : appeler la bonté et les bienfaits de Dieu sur chacun de ses enfants.

Tu donnes à des êtres fragiles de te rendre témoignage

Cette année a été aussi pour moi l’occasion de prendre la mesure de ma faiblesse, et je comprends de plus en plus ce que veut dire saint Paul quand il affirme que la puissance de Dieu se déploie dans nos faiblesses. Une préface des martyrs le dit bien : « c’est ta puissance qui se déploie dans la faiblesse, quand tu donnes à des êtres fragiles de te rendre témoignage. » Le prêtre n’est pas un super héros. Parfois incompris, parfois maladroit, pécheur souvent, tantôt admiré, tantôt objet de malveillance, le prêtre n’est l’humble témoin de la tendresse paternelle de Dieu que parce qu’il fait l’expérience dans sa propre existence de la prédilection et des prévenances divines.

Pour tout cela, mon âme bénit le Seigneur.

Père Jean-Baptiste Armnius

vendredi 18 juin 2010

La Padre cup : de vrais gamins!

Depuis plusieurs années, des jeunes prêtres du diocèse de Versailles avaient l’habitude de s’amuser en faisant du Kart de piste. Comme l’année dernière, cette année, ils ont organisé une course de karts pour des prêtres. Ils étaient près de 75 prêtres à concourir cette année et suite à une cassure du bras en mars dernier, je n’ai pas pu concourir, mais j’ai pu être un spectateur privilégié de cette course. Quelle joie pour moi de me retrouver dans cette ambiance avec des confrères de tous horizons (plusieurs diocèses et plusieurs communautés représentés) !

Nous étions des vrais gamins se prenant au jeu pour soutenir, encourager les différents concurrents. De nombreux fidèles de tout âge étaient venus soutenir les concurrents mais aussi profiter de cette joyeuse rencontre. De nombreux médias étaient présents et très surpris de nous voir un moment en priant et un moment en jouant. La joie fraternelle était palpable et c’est pourquoi, par ce simple petit récit, je suis si heureux de vous le conter. Cela a pour moi laissé résonner cette phrase de Jésus «je vous ai dit toutes ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite!».

jeudi 17 juin 2010

«Nous vivons une époque formidable!»



 

Je suis entré au séminaire en  1959 : il n’était pas question de Concile ! J’ai été ordonné prêtre en 1966 : le Concile venait de se terminer ! Nommé dans la partie Nord du diocèse de Versailles, je me suis retrouvé, sans avoir bougé, prêtre du diocèse de Pontoise lorsque celui-ci fut créé.

En regardant ces quarante-quatre années de vie sacerdotale, je me dis que même si je cours le  100 m moins rapidement qu’à l’époque, je ne regrette en rien cette époque : c’était le moment où, insensiblement, à part le bouton de fièvre de 1968, la France changeait en profondeur de civilisation. Les repères, les balises, les lignes de force qui faisaient depuis longtemps la cohésion de la société perdaient leur pouvoir fédérateur. L’Eglise, elle aussi, avait, dans sa vie pastorale, à faire face à ce phénomène. Et ce fut difficile.

Je me rappelle avoir eu des dialogues pastoraux compliqués avec des jeunes demandant le mariage à l’église ou le baptême d’un petit. Eux, ignorant en profondeur de la foi chrétienne, mais persuadés de tout savoir à travers un vernis de catéchisme reçu à l’enfance, venant avec un air suffisant, vaguement méprisants, déclarant : « on fait tout ça pour ne pas avoir d’histoire avec la famille, mais nous, nous sommes ‘’ libérés ‘’ de tout cela, ça n’a pas d’importance pour nous». C’était d’ailleurs plutôt un visage qu’ils se donnaient, car ils battaient vite en retraite si on leur proposait de renoncer à leur demande en  s’expliquant, avec l’appui éventuel du prêtre, avec les leurs. Souvent donc, des gens sûrs d ‘eux, imperméables  à une recherche, auprès desquels il fallait presque se faire pardonner de leur proposer un sacrement, l’impression très désagréable et très usante pour le prêtre, d’avoir à donner à boire à des ânes qui n’ont pas soif !

Depuis, beaucoup d’années ont passé, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les enfants et petits enfants des premiers n’ont souvent eu aucun contact avec la foi chrétienne, tout juste baptisés bébés pour certains. Mais eux savent qu’ils ne savent pas. Bien plus vierges de tout préjugé, de tout à priori que leurs parents, on les voit se tourner vers l’Eglise avec un cœur disponible, ouvert, réceptif. Voilà que l’Evangile qu’on prêchait de tout son cœur redevient une parole intéressante, qui touche parfois en profondeur des personnes. Voilà que des célébrations, dans lesquels on s’est toujours investi le mieux possible, deviennent des moments forts où, à travers le prêtre, des gestes du Christ rejoignent et mettent en route, tellement mieux que par le passé.

Quelque chose change, dont la télévision ne semble pas s’apercevoir. Tout se passe comme si beaucoup se disaient : «on ne peut plus continuer à vivre comme cela ! On a soif d’autre chose !»

L’Eglise et ses prêtres sauront-ils discerner, écouter, accueillir ce qui semble ainsi bouger dans notre monde ? Et si nous nous trouvions à l’aube d’un grand appel d’air où l’Evangile serait perçu comme un trésor ? A ses disciples qui revenaient joyeux de leur mission, Jésus disait : «Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous soient soumis (du succès de votre prédication). Réjouissez-vous de ce que noms soient inscrits dans les cieux». C’est vrai ! Proposer l’Evangile, on le fait pour le Christ, et pas suspendu aux succès que nous mesurerions. Mais ça fait quand même plaisir !

Nous vivons une époque formidable !

lundi 10 mai 2010

Pentecôte: Ouvrons-nous à la circulation de l'Esprit Saint!

Dans une séance de caté :

Le prêtre : « Les enfants, qu’est-ce que c’est la Pentecôte ? » un doigt se lève : « Je sais m’sieu, c’est des bouchons. »  Bouchons sur les routes mais aussi une bonne circulation. Si c’était cela la Pentecôte … !

 - Des adultes se préparent pour le Sacrement de la Confirmation. Il sera donné le 22 Mai à la Cathédrale. Dans la maison paroissiale de N.D. de la Paix nous échangeons.

L’une d’elles s’exprime : « Quand j’annonce que je vais faire ma Confirmation à certaines personnes de mon entourage, elles disent : « Ah bon… ! Tu fais ça ?… C’est étonnant ! » L’une d’elles dit : «  J’ai envie de venir. » on en parle en famille, avec une amie, avec des collègues de travail. Le fait d’en parler simplement ils sont intéressés. »

Une autre dit : «  J’en ai parlé à une collègue. Elle m’a encouragée, elle était contente pour moi. Pourtant nous n’étions pas très proches et là j’ai découvert sa foi. J’en ai parlé aussi à une voisine et elle viendra. »

- Dans une autre circonstance, une personne membre d’une équipe d’aumônerie d’Hôpital dit : « Quand je passe dans les chambres et qu’un échange fraternel a été possible parfois jusqu’à la prière, il n’est pas rare que j’entende : « C’est beau ce que vous faites ! » Alors qu’est-ce que je peux répondre ?

Je lui propose de dire : « Rendons grâce à Dieu, à l’Esprit-Saint qui peut circuler entre nous ! »



Qu’est-ce que l’Eglise ? Sinon d’abord cet Esprit de Jésus-Christ quand nous rendons possible sa circulation.

Voilà une circulation qui ne craint ni les embouteillages, ni les bouchons ! C’est un souffle libérant au goût de joie ! Paul nous met en appétit quand il dit : « Les fruits de l’Esprit sont : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi » (Gal. 5 – 22..)

Vous les jeunes qui préparez une Profession de foi en lien avec vos familles, vos copains, copines…

 Vous les enfants qui préparez une Première Communion Eucharistique aidés de vos familles en lien avec des animateurs et vos amis… je tiens à vous souhaiter une bonne préparation et je serai avec vous pour vous y aider.

Que l’amour et la joie soient en vous.

Que l’Esprit-Saint puisse « circuler » dans vos liens.

Qu’est-ce que la vraie beauté ? N’est-ce pas cette lumière de Jésus-Christ ressuscité qui rend belle notre humanité ?

« Oh, Seigneur envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! »

vendredi 7 mai 2010

Une des belles histoires de ma vie de prêtre

Je sonnais à une porte de HLM. C'était l'appartement de fonction de Jean, l'aumônier de l'hôpital. J'avais cru voir chez lui l'ancien, cordial dans son approche, fidèle dans ses relations, mais aussi  homme de foi, de prière, qu'on sentait profondément attaché au ministère auquel il avait voué sa Vie.

Il gardait sa soutane, prétextant qu'ainsi les malades et les soignants l'identifiaient plus rapidement. Je sus découvrir en le fréquentant, que c'était aussi pour marquer visiblement l'offrande de sa personne et de sa vie au Christ qu'il avait fait au jour de sa tonsure. Il m'ouvrit avec son grand sourire. Insatisfait de m'adresser sans continuité, au hasard des rencontres à des prêtres inconnus pour leur demander l'absolution, je venais lui demander s'il accepterait d'être mon confesseur régulier.

« A deux conditions », me répondit-il « que tu acceptes en retour d'être toi-même mon confesseur et qu'on se tutoie».

Je ne m'attendais pas à cela! Et, depuis, régulièrement, je venais le trouver. Après m'avoir donné l'absolution, il m'asseyait à sa place, se mettant à genoux pour sa propre confession: moments forts, qui, au-delà de la grâce sacramentelle, cimentaient entre nous une confiance fraternelle, une amitié spirituelle profonde qui dépassait notre différence d'âge. Puis, nous passions à table pour le repas fraternel.           .

 

Un jour, me parlant de son ministère auprès des malades, il exprima devant moi une situation qu'il rencontrait parfois et qui le mettait mal à l'aise: une demande de la part du malade «M. l'aumônier, ma maladie est sans rémission, je suis perdu... mais surtout, n'en dites rien à ma famille! Ce serait trop dur pour eux. Ils ne sont pas en état d'affronter cette réalité.» Et croisée à celle-ci, la demande de la famille: «M. l'aumônier, nous avons vu les médecins. Ils nous ont ôté tout espoir de guérison pour lui et nous ont demandé de nous préparer au pire… Mais surtout ne lui dîtes rien! Ça pourrait le catastropher!» Et Jean me prenait à témoin: «Dans quelle situation de faux-semblant me mettent-ils les uns et les autres! Pourquoi avec respect et délicatesse, ne pas aider à s'approcher de la vérité à la mesure de ce que chacun peut en porter, pour s'ouvrir à un vrai acte de foi, de confiante remise de soi aux mains du Seigneur! C'est bien dans la vérité de nos vies et non dans l'illusion qu'Il vient à notre rencontre pour nous sauver. Si tu veux bien, qu'il n'en soit pas de même entre nous. Nous sommes deux prêtres, nous avons donné notre vie au Christ, nous lui ouvrons régulièrement notre cœur en présence l'un de l'autre en confession ». Faisons un pacte: si l'un de nous apprend que l'autre est en danger grave, avec toute la prudence et la délicatesse qu'il faut, qu'il l'aide à.se mettre dans la vérité, et à se préparer de tout son cœur à la Rencontre de Celui que nous avons cherché toute notre vie.»

De part et d'autre l'engagement fraternel fut pris, mais, j'ignorais alors qu'il me faudrait un jour le tenir.

 

Quelques années plus tard, passant devant chez Jean, je sonne à sa porte pour le saluer. C'est sa sœur qui m'ouvre, religieuse en Haute-Savoie, elle avait été détachée par sa congrégation pour s'occuper du ménage de son frère prêtre, et participer activement à l'équipe de l'aumônerie de l'hôpital. A1bert et Jacqueline, un couple d'amis, sont là aussi. A leurs mines graves, je pressens une mauvaise nouvelle: Jean est hospitalisé. Les examens ne sont pas bons. Les médecins lui donnent peu de chance de survie. Aussitôt les termes de notre pacte fraternel me reviennent à l'esprit: « C'est moi qui irai parler à Jean, restez ici et priez pour nous deux ».

Ce mardi, à la messe, on avait écouté dans le Deutéronome l'invitation faite à Josué par Moïse, de passer le Jourdain pour entrer en terre Promise: «Sois fort, tiens bon. C'est toi qui entreras avec le peuple dans le pays que le Seigneur a juré à nos pères de leur donner... Le Seigneur marchera devant toi, c'est lui qui sera avec toi. Il ne te délaissera pas, il ne t'abandonnera pas. Ne crains-pas, ne trembles pas».

Dans sa chambre d'hôpital, j'évoquais devant Jean cette parole de Dieu reçue le matin même. «Vois-tu, je ne suis pas médecin, je ne lis pas l'avenir, mais il semble que tu sois en danger. Comme Moïse l'a dit à Josué, je voudrais te dire moi-aussi: peut-être es-tu au bord du Jourdain. Peut-être, est-ce pour toi le moment du passage. Et ce passage est toujours redoutable. Il faut y affronter des ennemis. Si c'est le moment pour toi, comme Josué, sois fort ne tremble-pas. De l'autre côté du Jourdain à traverser, c'est la Terre Promise, la Rencontre bienheureuse avec Celui que nous cherchons à écouter, à suivre, à inviter, ne crains pas, ne tremble pas. Le Seigneur ne te délaissera pas.»

Jamais de toute ma vie, je n'ai eu autant l'impression d'être écouté comme je le fus par Jean pendant ces quelques instants. Puis, les yeux fixés sur moi, il ne dit qu'un mot: «merci!». Et nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre.

Pendant encore deux mois, Jean vécut et souffrit à l'hôpital entouré de l'amitié de sa sœur et du couple ami qui nuit et jour veilla sur lui. Plusieurs fois, je pus revenir; nous avons concélébré la messe de l'Assomption dans sa chambre en leur présence. Il reçut avec foi le sacrement des malades que je lui donnai.

Son départ s'accomplit en septembre. «Dans la joie» comme il l'avait souvent dit à ceux qui l'avaient entouré. Dans mon bréviaire se trouve la photo de Jean. Ce pacte qu'il avait voulu entre nous, je crois qu'autrement, il continue à le tenir à mon égard, en veillant, en intercédant pour son jeune frère.

Le sacerdoce, c'est l'amour du coeur de Jésus...

Le curé d’Ars a dit que le sacerdoce « c’est l’amour du cœur de Jésus. » Comme j’aime à vérifier ces paroles en cette année sacerdotale, avec 42 années de cet incomparable service. « Il n’y a rien de si  grand que l’Eucharistie. » Animé de l’intelligence du cœur dans les différents ministères et services que le Seigneur m’a confié, je crois humblement qu’il nous confie de révéler que l’Eucharistie est l’œuvre de Dieu sur la terre. Venu vivre de Lui afin de vivre pour Lui. Bien sûr nous n’en sommes pas dignes, mais nous en avons besoin.

Dans les années de mon ministère sacerdotal, je revis quelques messes célébrées ou concélébrées qui me redisent que l’Eglise fait l’Eucharistie et que l’Eucharistie fait l’Eglise. Comment ne pas laisser éclater cette joie ? Toujours dans l’expérience du vécu. Le Christ est d’abord incarné et entraîne dans le mystère pascal. Quand on chante « de la crèche au crucifiement » il nous conduit aussi à l’eucharistie Le Père Chevrier a su le faire découvrir au monde des pauvres. Dans un siècle tellement ouvert à la Mission ici et dans le monde. Même siècle que le curé d’Ars.

Ah ! Quelle joie cette première messe de mon ordination en la cathédrale de Fribourg en Brisgau, en Allemagne op j’avais passé douze mois comme séminariste au service de l’aumônerie générale française  des armées pour l’Allemagne jusqu’à Berlin. Pour la première fois depuis la guerre ma famille d’Alsace qui avait fait des serments a accepté de traverser le Rhin en vue d’une réconciliation ! L’Eucharistie célébrée en rémission des péchés !

Je ne peux pas ignorer tant d’autres actions de grâces bouleversantes !

Au milieu des pèlerinages. Particulièrement à Lourdes au cours des messes à la grotte, à la Cité Saint Pierre parmi les pauvres, dans les messes internationales avec les malades où l’on se sent si petit, mais aimé, dans une Eglise universelle.

Et au creux du ministère quotidien : à la chapelle de l’aéroport de Roissy au milieu de frères et sœurs d’un moment, de passage, en escale, mais heureux de se retrouver pour l’eucharistie. On ne se reverra qu’au ciel. Mais nous portons les intentions les uns des autres, nous avons parlé ensemble comme les disciples sur le chemin d’Emmaüs et nous nous sommes rassemblés pour la fraction du pain en reconnaissant le Christ. Quelle que soit l’origine du Canada ou de Taïwan

Dans cette léproserie de Sokodé au Togo ou de Lokossa au Bénin, au milieu de ces pauvres qui excellent dans les élevages de poules pour se subvenir à eux-mêmes, et qui ont animé une messe ultra fervente en chantant, dansant, et grattant la guitare avec les petits moignons que la maladie ne leur avait pas encore enlevés !

Et ici dans le diocèse : au Hall Saint Martin lors des rassemblements diocésains : les 20 ans, les 40 ans du diocèse, le rassemblement de Pentecôte pour l’an 2000, année sainte, avec Mgr Frikart, les ordinations épiscopales unies avec les prisonniers avec Mgr Renaudin, et aux cinq continents avec Mgr Riocreux ! Quelle joie d’être prêtre dans le beau diocèse de Pontoise. Sans oublier l’intense communion dans la célébration des obsèques d’Hervé Renaudin avec la présence de tant de jeunes qui l’avaient accompagné aux JMJ de Toronto. L’évêque, toujours homme de communion, homme-phare comme les apôtres,  par le Chérit Ressuscité t qui dit toujours « Va vers tes frères » !

La joie d’être prêtre, c’est d’abord dans le quotidien, en paroisse, en groupement. Mais il y a toujours le rendez-vous de l’eucharistie parce que le prêtre est homme-de-lien. Sa foi est aussi imprégnée de son expérience sacerdotale.

Je me souviens d’une messe avec le pape Jean Paul II dans sa chapelle privée un jour de l’Annonciation. Et les quelques paroles qui ont suivis. Inoubliables !Et aussi des célébrations eucharistiques mémorables et inoubliables : le grand pèlerinage à Dassa-Zoumé au Bénin en présence du cardinal Gantin pour couronner la Vierge, tous les beaux et nombreux pèlerinages à Lourdes, et les autres, en Terre Sainte, au bord du lac, dan le désert, aux lieux saints, et aussi à Rome, près de la tombe de Jean Paul II et des autres papes, à Assise dans les sanctuaires et près de l’arbre où François parlait aux oiseaux. Aux tombeaux de l’apôtre à Ephèse pour Saint Jean, à Venise pour l’évangéliste saint Marc, à Compostelle pour le premier évêque de Jérusalem.

Et l’inattendu pour moi : aux antipodes. L’eucharistie à Nouméa, sur le caillou, dans les paroisses : celle de Saint Jean Baptiste avec 3 lieux de cultes où l’eucharistie quotidienne est animée avec des chants de plusieurs cultures présentes sur l’ile, et de façon spontanée et magnifique. Et une quatrième.

Et surprise quand on m’a dit : le 15 août tu vas célébrer à Maré. Une des îles loyauté en plein Pacifique : voilà ton billet d'avion : 45 mn de vol. c’est la paroisse. Il n’y a aucun prêtre résident, mais 10 églises, toutes ouvertes en permanence. Et avec l’adoration  eucharistique. Les gens s’inscrivent sur un cahier à l’entrée de l’église. Tu ne vas célébrer dans aucune de ces églises mais dans la tribu de Rawa, qui veut construire la 11ème église de l’île. On organisera toute la nuit un pèlerinage avec la parole de Dieu portée sur les épaules. Je n’en revenais pas.  Quelle foi en l’eucharistie  pour l’heure au milieu des cocotiers et des bananiers et maintenant dans une église qu’ils ont édifiée, en concertation avec tous les chefs de village selon la coutume. Et je puis témoigner qu’aujourd’hui la 11ème église est construite.  Il y a même une plaque à mon nom ! L’adoration en permanence. Aucun prêtre présent  à mois de ¾ h d’avion. Mais l’eucharistie est adorée, les chrétiens formés par les catéchistes, le lien ecclésial toujours établi. Formidable. Avec l’esprit des frères et père maristes.

Un sacerdoce basé sur l’amour du cœur de Jésus.

Voilà de quoi se dire avec le curé d’Ars qui a tellement encouragé le courant missionnaire vers le monde entier.

« O homme, que tu es grand, Nourris et abreuvés du corps et du sang d’un Dieu ! Mo, âme, que tu es grande puisqu’il n’y a que Dieu qui puisse te contenter »

mardi 27 avril 2010

Ma vocation missionnaire...

A 10 ans, je me rappelle avoir demandé à ma grand-mère ce qu’il fallait faire comme étude pour être prêtre. Mais c’est vers l’âge de 16 ans que l’appel se confirme après ma Confirmation. Je voulais être prêtre. J’ai d’abord fait une licence de lettres et civilisations étrangères à Paris XIII en anglais. Pendant mes années universitaires, j’ai fréquenté l’aumônerie universitaire dirigée par le P. Alain Lenégrate. C’est alors que j’ai connu la DCC lors d’une soirée de l’aumônerie. Après avoir obtenu la licence, j’ai été admis au grand séminaire d’Issy-les-Moulineaux pour le diocèse de Pontoise. Après le cycle de philosophie, je devais faire mon service militaire. J’ai choisi de le faire au titre de la coopération avec la DCC. J’avais demandé l’Afrique. Finalement, je me suis retrouvé dans le bureau du P. Perrin, ancien vicaire général des Missions Etrangères qui me proposait d’aller à Bali dans un petit séminaire pour enseigner le Français et l’Anglais et encadrer avec le staff les 100 jeunes de ce petit séminaire. J’ai accepté de partir deux ans.

Après une année de volontariat, le P. Perrin est venu me rendre visite. Je lui ai fait part de mon désir d’entrer aux MEP à la fin de mon volontariat. Il m’a demandé de prendre une année de réflection après mon retour en France. C’est donc à la fin de la deuxième année de théologie que j’ai été admis comme aspirant aux Missions Etrangères.

Comment m’est venu la vocation missionnaire? Il y a d’abord mes études linguistiques qui m’ont ouvert sur d’autres horizons, puis le contact avec la DCC et les MEP. Le temps de volontariat a été difficile mais riche. Il m’a permi de discerner ma vocation.

Après l’ordination presbytérale, je suis immédiatement parti à Taiwan, le pays où j’étais envoyés par les MEP. Je savais par mon expérience de volontaire à Bali que l’apprentissage de la langue et de la culture est une étape un peu difficile et aride. J’ai étudié deux langues : taiwanais et mandarin.

Après les études de langues, j’ai été envoyé dans une petite paroisse du diocèse de Hualien dont le P. Lespade était curé. Après un an, j’ai été nommé curé de cette paroisse. J’assurai le ministère auprès des paroissiens taiwanais et aussi auprès des migrants philippins : messes, confessions, rosaire, visite des malades, prière dans les familles, légion de Marie, etc. Rapidement j’ai eu un catéchiste philippin pour m’aider, car beaucoup de philippins exploités venaient à l’Eglise demander de l’aide. Le catéchiste démêle environ 40 cas difficile par an : escoquerie, harcèlement sexuel, accident du travail, travail illégal, etc. Pour ma part, je me concentre sur le travail pastoral.

Un jour l’évêque m’a demandé d’être aumônier d’étudiants. Bien que mon niveau en mandarin fût modeste, j’acceptai. Ce travail prend maintenant une bonne partie de mon temps puisque l’aumônerie a trois rencontres hebdomadaires dans deux facultés différentes. A partir du semestre prochain, avec l’accord de l’évêque, je vais enseigner le Français dans ces deux facultés avec un volontaire MEP qui aura le statut de professeur assistant. Taiwan ne connaissant pas l’anticléricalisme français, il est très facile de parler de sa foi avec les étudiants qui sont très curieux et veulent tout savoir. C’est pour moi une ouverture missionnaire importante.

 



Le Seigneur est le maître de la moisson, nous sommes les ouvriers inutiles. Il guide les événements, les rencontres, les occasions. Apprendre à rester à l’écoute du Bon Berger, porter sa croix à sa suite, être toujours prêt à dire oui, retrouver l’enfance spirituelle, lui faire confiance absolue dans la joie comme dans les épreuves, s’en remettre à Lui sont sûrement quelques traits de la spiritualité MEP dont nos martyrs sont des exemples vivants. Il y a rarement de grandes choses à faire, mais beaucoup de petites choses à faire avec amour et confiance.

Confitemini Dominoquoniam bonus, quoniam in saeculum misericordia ejus. (Ps 105,1)

lundi 26 avril 2010

La beauté du sacerdoce du Christ

La vie et le ministère des prêtres sont empreints d'une réelle beauté ! Celle même du Fils de Dieu qui se "dépouille"  de sa gloire pour partager la condition humaine et vivre à la façon des hommes (Ph 2, 6-7)

 Au fur et à mesure que les prêtres accueillent plus profondément le mystère qui les habite, ils se font "tout à tous" et partagent ce que vivent les personnes vers lesquelles ils sont envoyés.

 En chaque prêtre, et plus encore dans leur communion entre eux et avec leur évêque, la beauté du Christ se manifeste : Lui qui ne fait qu'un avec le Père dans la communion du Saint Esprit.

Au jour de leur ordination, en réponse à l'appel bienveillant de Dieu, les prêtres ont offert tout leur vie à Dieu pour le servir au sein de son Eglise et en toute personne humaine. Ils apprennent petit à petit à revêtir "les sentiments du Christ" : Lui qui a livré sa vie par amour de son Père et de chaque personne humaine (Ph 2, et Jean 15, 9-10).

Quand on est témoin de ce don, lors de l'ordination, quand on le voit transformer l'existence d'un prêtre, alors la beauté de l'amour de Dieu nous est manifestée !

Au long des jours et des années, dans le bonheur et les joies du ministère comme dans les traversées de désert et les épreuves… quand se creuse un plus grand désir de Dieu et d'attention à la fragilité humaine… alors se manifeste la délicate fidélité du Seigneur. C'est un peu comme ces gestes de tendre fidélité entre deux époux à la fin de leur vie : c'est très beau !

Parfois au détour de la célébration d'un sacrement et même lors des funérailles chrétiennes… voilà qu'un prêtre exprime avec toute sa sensibilité humaine, par une attitude, une parole, un silence, toute la beauté de la grâce communiquée par le Seigneur en cette célébration. Son humanité est alors transfigurée… Jésus se manifeste, Lui "le plus beau des enfants des hommes" (Psaume 44) !

 

Être prêtre,

C'est être habité, transfiguré par le Christ, Lui l'unique prêtre.

C'est être enveloppé, baigné de l'amour qu'Il reçoit de son Père

pour le communiquer à l'Église et aux hommes.

Qu'y a-t-il de plus beau ?

Être aimé, aimer et transmettre cet amour !

dimanche 18 avril 2010

Portée symbolique...

C’est dans ces trois mots que l’on peut contenir la portée symbolique de la catastrophe de Smolensk. D’il y 8 jours.

 

A 22 milles officiers polonais assassinés sous l’ordre de Staline s’ajoutent 96 victimes qu’étaient les personnalités éminentes du pays. Trois jours avant le crash les deux premiers ministres russe et polonais ont signé à Katyn même un accord de reconnaissance de la vérité historique.  70 ans après les faits l’auteur du crime a était reconnu par les héritiers historiques du pays. La douloureuse carte de l’historie allait se fermer. Même en occident où ailleurs, pas seulement en Russie, l’on ne pourra plus attribuer le massacre à Hitler, comme la propagande bolchévique l’a soutenu et que les grandes puissances ont acquiescé  pour ne pas froisser le Grand frère. La symbolique de la vérité est désormais recouverte par les cendres  de l’énigme que les boites noires pourront donner quelques réponses.

 

La portés symbolique du jour de l’événement l’avion tombe dans la forêt un samedi, la veille de la fête de la Miséricorde, cinq ans et une semaine après la mort de Jean-Paul II qui est mort aussi la veille de cette même fête. A cela vous ajoutez le fait que Jean-Paul II  venait de Cracovie, l’ancienne capitale de la Pologne dont le château royal Wawel abrite les tombes d’illustres polonais. L’endroit où le couple présidentiel vient d’être hunimé par la volonté des responsables du pays avec le concours des autorités ecclésiastiques. Comme si les Polonais voulaient dire que si on doit être dans une dimension symbolique, restons-y  jusqu’au bout, quitte à la provoquer. D’autant plus que le nuage volcanique islandais  faisant clouer (à son insu) les avions en réduisant les aéroports et les espaces aériens de l’Europe (surtout occidentale) au silence, en empêchant des représentants des pays surtout occidentaux de se rendre aux célébrations funèbres,  vient se mêler d’une façon au combien éloquente à l’histoire des Polonais morts hier et aujourd’hui. Eux qui encore une fois ainsi coupé symboliquement de l’Est, alors qu’ils cherchent depuis si longtemps et à leur façon d’être chez eux, comme tout le monde. Non pas comme tout le monde car il y en a tant et tant qui ne sont pas vraiment chez eux et peut importe la configuration d’un tel exil.

Dans ce champs symbolique il ne faut pas ajouter la vibration messianique élaboré au XIX siècle de la Pologne qui comme le Christ serait marqué par le destin expiatoire de souffrance pour elle même et peut-être pour d’autres. Il y a des symboliques qui s’imposent comme dans une tragédie grecque, il y en a dont la puissance peut être nocive, bien plus que celle du volcan qui depuis deux siècles  dormait  sous le glacier islandais.

jeudi 8 avril 2010

VOYAGE PREPARATOIRE A UNE SESSION EN TERRE SAINTE par Damien Noël et Jean-Marie Humeau

jmh + dn

VOYAGE D’ETUDE

Les voyages en Terre Sainte peuvent être abordés de manière plus ou moins pieuse. En février nous (Damien Noël et Jean-Marie Humeau) sommes partis en voyage exploratoire, afin de préparer la session historico-biblique qui aura lieu en février 2011, avec pour thème : ressentir l’épaisseur de l’histoire. Voici quel fut notre itinéraire avec quelques unes de nos profondes réflexions.

JERUSALEM Nous arrivons tout d’abord à Jérusalem : nous logions à la maison d’Abraham, à Silwan, ou Siloë, là où commence le fameux tunnel d’Ezechias. La Bible raconte que pour prendre la cité de Jébus − l’ancien nom de Jérusalem −, David et son commando s’introduisirent par un égout. Un jébusite entendant des bruits bizarres venant de la bouche d’égout va voir ce qui se passe et se fait trucider par le premier soldat du commando. Dans un dernier râle, il s’écrie : « Scélérats ! » Son collègue un peu plus loin lui répond : « Si c’est les rats, c’est pas grave : on a l’habitude ». C’est ainsi que la ville tomba facilement aux mains de David. Notez bien que c’est pas du pipo, parce que lorsque vous verrez les soubassements géologiques de la cité de David, vous constaterez qu’ils sont truffés de galeries souterraines. Jérusalem

JERICHO De Jérusalem, nous prenons la route de la Galilée, avec passage par Jéricho. Les vulgarisations archéologiques ou les prospectus à dix balles pour touristes et pèlerins, prétendent que Jéricho est la ville la plus vieille du monde. C’est donc là qu’est née et que fut entonnée la chanson la plus vieille du monde. Son auteur ? Le conquérant au nez en trompette, Josué. Une fois mis par terre les remparts de la ville par effet de résonance, il entonna : « Jéricho, Jéri- iiii- cho, sous le soleil qui chante iiii … » Hymne liturgique qui resta célèbre depuis lors.

MEGGIDO Continuant notre route vers le nord, nous atteignons Megiddo : haut lieu pour ressentir l’épaisseur de l’histoire, vu son âge. Pour n’être pas en reste, durant sa campagne asiatique, le pharaon Thoutmès III conquit de haute lutte, en 1468 avant JC, la place forte de Megiddo. Fort de son succès, il entonna à pleine voix, face à la plaine de Yizréel, cet hymne triomphal : « Megiddo, Mégi-iiii-ddo, sous le soleil qui chante iiii … » Hymne liturgique qui resta célèbre depuis lors.

cheval

AFOULA Avec ce titre, les lecteurs pourront se demander à juste titre : qu’est qu’Afoula ? Eh bien, c’est tout simplement une ville. Une ville ; êtes-vous sûrs ? Pas très clair, vu qu’en hébreu ‘afoula signifie obscurité.

EN JUDEE Après notre périple en Galilée, nous descendons vers le centre du pays, la vallée du Térébinthe. Nous continuons l’exploration du pays en visitant un tell (pas untel, non) qui nous permettra de dire à son arrivée : Marésha, nous voilà.

LAKISH Les souvenirs les plus sombres de l’antique passé du royaume de Juda sont certainement attachés au site stratégique de Lakish, belle forteresse construite sur la dernière ligne des collines, juste au ras de la plaine côtière, pour justement surveiller celle-ci. Car tous les envahisseurs et prédateurs antiques empruntaient la route de la mer, dans un sens ou dans l’autre, suivant qu’ils étaient Egyptiens, Assyriens ou Babyloniens. Or, cette belle forteresse, à l’instar de notre ligne Maginot en 1940, ne servit à rien, et fut régulièrement investie puis démantelée par l’envahisseur. Moralité : Lakish, c’est pas de la tarte.

cactus

LA SHEFELA Il est bien connu que la Bible honore les héroïnes du beau sexe, celles, notamment, qui furent des chefs de guerre indomptables : Débora, Judith, par exemple. L’une d’entre elles, demeurée anonyme, était chef de garnison à l’époque des guerres contre les Philistins, dans l’une des forteresses de ce pays de collines où se trouvent Marésha et Lakish déjà évoquées. Pour se laisser approcher en toute sécurité, cette dame avait inventé un mot de passe facile à mémoriser : « La chef est là ». Tellement facile à mémoriser que la mémoire en demeure jusqu’à ce jour, puisque la région de collines s’appelle la Shéféla. Voilà ce que l’on appelle une étiologie : l’explication d’un toponyme par une bonne histoire.

RETOUR Enfin, en rentrant de Roissy, alors que nous passions près d'une des dessertes d'Ezanville, une hymne liturgique dont nous avions fait mémoire à Jéricho puis Megiddo a résonné à nouveau à nos cœurs : Plessis Gassot, Plessiiiiiis Gassot, sous le soleil qui chante iiii.

samedi 3 avril 2010

Pâque Nouvelle

sortie7.JPGAu terme de ces 40 jours, nous avons atteint un point culminant en ces jours saints, qui nous ont montré un sens nouveau, une terre nouvelle. Sens de la charité du lavement des pieds, sens de la Croix qui récapitule nos histoires, sens du feu sur le parvis qui déchire nos ténèbres... Pâque nouvelle, qui vient récapituler les rencontres de l'année... Deuils lourds à porter, mais semences de résurrection... Personnes écrasées par la vie, par l'épreuve, mais esquisses de relèvements... Visages présents à la vigile pascale l'an dernier mais cruellement absents cette année, qui contemplent maintentant, nous l'espérons, la face du Ressuscité. Vies cabossées, ou rayonnantes, souffrances extrêmes ou grave allégresse, éclats de rires ou éclats de larmes, soirs du reniement ou matins du pardon... Année pastorale riche en événements, remplie d'émotion, ou de tensions inhérentes de la barque qui tangue... Tempêtes médiatiques qui nous redisent la solitude du disciple au soir du golgotha, l'annonce à temps et à contre-temps... Prêtre aujourd'hui en 2010, serait-ce plus difficile qu'au soir du vendredi saint? Nos triples "non" comme ceux de Pierre n'ont-ils pas à être passés au crible du triple "oui" : "je t'aime Seigneur, tu le sais !!" Prêtre en 2010, c'est redire que l'Eglise est belle, malgré celles et ceux qui la souillent, c'est redire la folie de la Croix, c'est proclamer le matin de Pâques, dans une vie offerte, non sans renoncements, non san fêlures... mais rempli de cette certitude d'être dans la main de Dieu, d'être avec lui offerts sur l'Autel de la Croix, témoins du matin de Pâques, témoins de la joie de Pâques, témoins du Pardon de Pâques...

Prêtre en cette Pâque 2010, c'est redire avec une foi toujours renouvelée "ceci est mon corps", "ceci est mon sang"... livré, versé pour VOUS.

C'est redire, comme tant et tant de fois ces derniers jours "je te pardonne tout tes péchés".

C'est redire, malgré la fatigue ou les découragements du quotidien : je suis là pour vous, parce que Dieu le veut... et moi aussi :-)

C'est redire : Merci, merci paroissiens, croyants ou non croyants, que nous croisons chaque jour et qui nous donnez sens, qui nous redites le pourquoi de notre vocation.

C'est redire : l'Eglise est ma mère, je l'aime, je la sers, et j'en suis !!! Ses blessures sont mes blessures, les fautes de ses membres ouvrent mon coeur d'un coup de lance.

Merci, paroissiens, prêtres, évêques, pape, de nous accompagner dans notre ministère. Oui, merci spécial au Saint Père, qui ouvre la voie, qui tient la barque malgré les vents forts, qui souffre en premier en ces jours saints. Votre visage, très Saint Père, exprime et la souffrance et la joie. Mystérieuse confrontation que nous vivons chacun à notre niveau.

Mais ce soir, cette nuit, le Feu Nouveau va éclairer la terre. Beaucoup ne le verront pas, l'ignoreront, passeront à côté... Mais tous sont concernés. A nous de le faire savoir, à moi, prêtre de Jésus-Christ, de prendre ma part, humble, mais belle, à la mission de l'Eglise. Le Christ est ressuscité, Il est vraiment ressuscité !!

vendredi 26 février 2010

A propos d'une « Parabole »

Question posée aux enfants:

"Qu'est-ce qu'une PARABOLE ?"

 

Réponse d'un enfant:

"C'est une antenne de télé."

Rires… Et l'on passe outre…

 

 

En fait:

Cette antenne de télé est très significative.

En effet:

son utilité consiste à capter l' INVISIBLE image afin de la rendre "palpable" sur nos écrans.

 

DIEU est INVISIBLE.

C'est Jésus qui nous le fera connaître.

"Qui me voit, voit mon Père…"

 

 

Chaque "catholique" n'a-t-il pas pour mission d'être aussi

une "parabole" vivante? – comme Jésus.

 

"Aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimé"

 

 

Cette petite croix, placée à la boutonnière, ou ce crucifix, suspendu au cou comme pendentif, telle est sa raison d'être: ma conviction – être "parabole vivante".

 

Le port de ce discret insigne, réservé aux prêtres comme signe distinctif de leur sacerdoce, est de plus en plus adopté par les laïcs.

Peut-être est-ce une des raisons pour que des prêtres, afin d'éviter toute confusion, ont rajouté à leur livrée un col blanc rigide.

D'autres même préfèrent la "soutane", qu'ils revêtent continuellement ou à certaines occasions suivant leur activité liturgique ou profane.

 

Au port de ces différents signes à la vue plus ou moins apparente, l'éventuel passant dira:

"C'est un prêtre"…,

ou "C'est un catho"…

 

Il n'est pas rare qu'une conversation s'ouvre avec tel ou tel à l'occasion d'une éventuelle rencontre, et que nous soit posée la question…

"Pourquoi êtes vous prêtre – ou catho ?"

"Pourquoi ce port d'insigne?"…

 

Pour faciliter la réponse, j'ai imaginé cet insigne d'une "parabole",

ayant en son centre une petite croix…

 

 

Exemple de dialogue:

" - Vous avez chez vous une antenne-parabole?

- A quoi sert elle?... Capter l' invisible…

- Et bien moi, catho, telle est ma mission…

- " Parabole vivante… " "

 

Et si le dialogue se poursuit… Comment faites-vous?

 

Réponse:

"Je m'efforce, avec tous, comme Jésus

A regarder comme lui…

               A écouter comme lui…

               A parler comme lui…

               A agir comme lui… etc.

               Ainsi je porte témoignage…"

 

Pratiquement:

Cet insigne, fabriqué à ma demande par un artisan d'Alsace, m'a coûté 5 euros – exactement 4,50 euros, et mesure 3 centimètres de diamètre…

Exécuté sous condition de 300 exemplaires:

 150 en broche,

150 en pendentif,

à votre disposition:

 

François BRINON,

8, rue de Paris

95680 MONTLIGNON

tel et fax: 01.34.16.21.17.

mail: paroisse.montlignon@orange.fr

           

lundi 15 février 2010

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

Comment as-tu été sûr que tu étais appelé à être prêtre ? Cette question, on me l’a souvent posée. En mettant en relief une parole et une rencontre décisives, la réponse ne rend pas bien compte de tout le long parcours de discernement où le Seigneur a travaillé patiemment mon cœur avant que j’ose m’engager à sa suite en devenant prêtre.
Pendant longtemps j’ai demandé : « Seigneur, si tu veux que je devienne prêtre, fais-le moi voir d’une façon claire ! » J’ai longtemps attendu un signe éclatant qui viendrait confirmer cet appel que je sentais intérieurement à le suivre et à l’annoncer aux autres comme source de vie et de joie. C’est en méditant un jour sur la rencontre de Jésus avec Bartimée, l’aveugle sur la route de Jéricho, que j’ai reçu cette interpellation étonnante de Jésus : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10,46-52) Par cette question, le Christ a renversé mon questionnement. J’ai pris conscience que je ne pourrai le servir qu’en acceptant de le reconnaître comme celui qui me guide, qui vient combler en moi les manques, guérir les blessures. Je ne pourrai le suivre en vérité qu’en acceptant de renoncer à compter seulement et d’abord sur mes propres forces et en le laissant agir dans mes faiblesses. « Ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort » dit saint Paul (1Co 1,27). Je pouvais alors répondre : « Oh oui Seigneur, si telle est ta volonté, je le désire ardemment, fais de moi un prêtre, capable de t’annoncer aux pauvres, aux faibles, aux blessés de la vie. Fais de mes mains celles qui vont pouvoir manifester dans l’eucharistie  et dans les autres sacrements ton amour qui se donne. Fais de moi un ministre le l’unité que tu veux pour ton Eglise. »
Dans mon parcours, je veux faire aussi mémoire du témoignage d’un prêtre devenu mon accompagnateur spirituel et qui m’a aidé à franchir le pas et à demander mon entrée au séminaire. Il me disait un jour : « Tu sais, Thierry, je ne sais pas si ma vocation était d’être curé de cette paroisse. Peut-être qu’elle était de me marier et d’avoir des enfants ou encore d’être missionnaire en Afrique ou ailleurs. Mais ce que je vois aujourd’hui, c’est que je suis heureux dans cette vie à laquelle je me suis senti appelé et que j’ai choisie. Ce dont je suis sûr également, c’est que le Seigneur n’appelle pas qu’une seule fois pour toutes. Il m’a appelé à devenir prêtre il y a trente ans. Il n’a cessé de faire entendre son appel par la voie de l’évêque et de l’Eglise dans les diverses missions que j’ai acceptées. Je veux rester disponible aux appels que le Seigneur continuera de m’adresser. »
Aujourd’hui, c’est avec la même joie et la même disponibilité que je veux vivre la mission à laquelle je suis ordonné. Je suis heureux ici à Sarcelles comme je l’ai été avant à Domont et à Marines. Je sais que le Seigneur se fait entendre, voir et sentir par des médiations humaines ; c’est dans la confiance que je veux rester à l’écoute de son appel qui se manifeste par la voix de l’Eglise et de mes frères en humanité.

vendredi 22 janvier 2010

Unité chrétienne : comment je la vis ?

Une semaine intense dans la vallée de Montmorency ponctuée par plusieurs événements dont trois rencontres.

D’abord à Montmorency dans les cadres des conférences –débats à la collégiale sur les thèmes d’actualités  autour de la question de l’accueil des anglicans. Trois intervenants une cinquantaine de participants. Des échanges de clarifications sur la position du pape, sur effets d’une telle décision sur la conscience chrétienne, sur la vie des communautés catholiques et sur la forme nouvelle, renouvelée que prends l’Eglise catholique (cf.,  compte rendu, voir le site de la paroisse de Montmorency ou de Rémy Kurowski)

Puis la soirée de mercredi dans la communauté évangélique de Deuil qui accueille des représentants de différentes confessions chrétiennes pour un moment de prière mené par le pasteur Jean-françois Ragaru sur la béatitude  heureux les pauvres d’esprit suivi d’une présentation et échange sur notre façon de vivre la dimension oecuménique de notre foi. 

La dernière rencontre pour moi a eu lieu au collège de Bury jeudi soir. Forts de l’expérience des deux célébrations organisées deux années précédentes dans les locaux d’un autre établissement scolaire  (Notre -Dame-Providence d’Enghien) dans le but de sensibiliser les élèves à la question oecuménique en collaboration avec la direction et l’aumônerie nous avons souhaité agrandir le cercle de proposition. Ainsi a pu avoir lieu le beau mélange de générations,  de représentants de différentes communautés chrétiennes de la région unis par le fait déjà d’être présent au même endroit, mais évidemment par le thème sur les apparences en lien avec le thème de la semaine de prière (ce vous qui en êtes les témoins, Lc 24, 48), mais unis surtout dans la prière y compris celle d’un slameur. Grand moment de vraie communion, envi de continuer se lit sur les visages de beaucoup, certaines le disent.

 

Mais il n’y a pas que les rencontres officielles que j’ai pu ainsi vivre et qui m’ont autant nourries que questionnées :  Quand on a goûté à la communion  entre chrétiens de cette façon là, pourquoi s’arrêter la semaine prochaine ?! Bien entendu ce n’est pas prévu de s’arrêter, la Pâques cette année 2010 pourra être célébrée le même jours par tous les chrétiens (le hasard de calendrier) Une célébration oecuménique sur le parvis de la Défense est prévue le jour de Pâques à 7 h 30. Toute une démarche de préparation est proposée à l’aide des livrets qui pourront accompagner le temps de Carême en groupe et individuellement. Demandez aux responsables de votre paroisse ou à l’évêché.  

 

Une semaine riche de prière aussi en semaine lors des messes avec ce désir exprimé et partagé de suivre le Christ non pas à partir de « nos chapelles », mais à partir de notre foi incarnée dans une communauté de vie et d’espérance.

mercredi 20 janvier 2010

«J'essaie de rester en dialogue intérieur avec Dieu»

En décembre 2009, j’ai célébré le 62ème anniversaire de mon ordination à Versailles. Je fais partie du cours 1947. Je suis entré au Grand  Séminaire en 1940, le temps des privations de toutes sortes. J'étais donc en zone occupée, ma famille, elle, se trouvait en zone libre. Mon père est décédé en juin 1942. Aîné de la famille, je prends la décision d'aider ma mère, fermière dans l'Indre. En 1944, je reprenais les études au Grand Séminaire. Le cours 1947 comportait une quarantaine d'élèves. La plupart furent ordonnés en juin 1947. D'autres, pour respecter le temps de présence au Séminaire le furent en décembre 1947, ce qui fut mon cas.

J'ai exercé mon sacerdoce dans les paroisses suivantes : Villiers s/Marne (1948-1958), Argenteuil (1958-1971), Marines (1971-1997) et, depuis cette date en retraite à Chars (12 ans). Au fil du temps, que de rencontres, que d'évènements. Dans les souvenirs se côtoient souvenirs joyeux et souvenirs douloureux. Ils sont présents au dedans de moi-même. C'est comme un capital que je transporte avec moi et qui n'est pas sans répercussion dans l'existence que je mène maintenant.

Maintenant : comme un vieil arbre, je connais son dépouillement : les yeux voient moins bien, les oreilles entendent plus mal, les dents s'en vont et les cheveux aussi, les jambes ne sont plus aussi alertes. Mais il y a un acquis essentiel : ce qui donne aux jours leur valeur et leur sens. Ce qui est devenu pour moi le pivot de la journée : c'est la célébration eucharistique. C'est un temps que je vis intensément dans une union avec le Seigneur et avec tous les prêtres de la terre. J'entends au fond de moi-même le Seigneur redire « Faites ceci en mémoire de moi ».

Redire les Paroles qui sont les siennes. Laisser son Esprit répandre la confiance, élargir ses demandes à la dimension du monde, s'offrir avec Lui en sacrifice, accueillir le Seigneur pour travailler à la moisson en engageant le meilleur de soi-même.

Mon état physique limite mes activités. Mais il ne m'empêche pas de chercher à rendre à Dieu la louange qui lui revient, de lui présenter toutes les intentions des frères humains qui nous entourent, de rendre grâce pour tous les bienfaits qu'il accorde. J'essaie de rester en dialogue intérieur avec Dieu. Je le sais présent. Et, parce qu'il est là, il s'ensuit que je demeure dans la sérénité. Dieu est si bon. Dieu est si généreux.

Je connais au long des jours une grande part de solitude mais je n'ai pas à souffrir d'être solitaire car l'existence des médias est une source ininterrompue de communications. Chaque jour, grâce à ce que nous appelons les nouvelles, nous sommes informés sur la vie de nos frères et soeurs. Nous entendons les appels de ceux qui souffrent, nous pouvons admirer le dévouement de ceux qui leur viennent en aide.

Chaque jour, je me sens aidé et soutenu par la foule de ceux qui se sont conduits en témoins de l'Amour du Christ comme de ceux qui témoignent présentement. Ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont dit, ce qu'ils ont écrit est une source revigorante.

Oui, c'est bien l'essentiel de ce que je recherche : me laisser transformer par la présence de Dieu. Foi, espérance et charité, ce n'est pas seulement des mots, c'est une vie en chantier pour continuer le Royaume de Dieu.

Au jour de mon ordination, je disais : « Laetus obtuli universa » joyeux j'ai tout offert au Seigneur. Ce fut, je pense, excellent pour animer mon existence. Et, je poursuis en redisant avec le Christ Jésus : « Me voici, je viens faire ta volonté ».

Dans mon enfance, j'ai eu beaucoup de temps libre. J'ai du aider mes parents, fermiers, en gardant les vaches. J'avais tout le temps de lire. Et j'ai beaucoup lu : des vies de saints et aussi les Evangiles. Saint Thérèse de l'Enfant Jésus était très honorée chez nous. Et son exemple a été déterminant pour m'engager au service de Dieu.

Un texte liturgique affirme : « Travailler pour le Seigneur, c'est poursuivre un bonheur qui transforme la vie ».

Je fais mienne cette déclaration (du Psaume15,11) : « Tu m'as montré, Seigneur, la route de la vie, tu m'a rempli de joie par ta présence » !

lundi 18 janvier 2010

C'est toi qui enseigne et ce sont eux qui t'évangélisent...

Le P. Paul Gurérin, né en 1928, prêtre depuis 1952, à la retraite depuis 1998, témoigne :

J'ai été vraiment heureux dans ma vie de prêtre parce que le ministère m'a appris à vivre en Eglise avec les confrères, les religieuses et les laïcs des communautés où j'ai vécu. C'est le « nous » des chrétiens qui a été le plus important et pas seulement le « moi » de mon rôle de prêtre, radicalement indispensable et radicalement insuffisant.

Cela m'a donné l'occasion de rencontres humainement et spirituellement très riches. Etre au coeur de l'Evangile annoncé, célébré et vécu m'a amené au coeur de la vie humaine, en ses joies, ses pannes et ses souffrances.

J'aime beaucoup la phrase du Père Legrand, dominicain : « si vous vous mettez au service du « nous » des chrétiens, un « nous » dont les tensions font la richesse, si vous prenez ce chemin, votre vie ne manquera pas d'être passionnante ».

 

En effet:

La joie ne se décrète pas, évidemment. Elle vient toujours par un hasard divin. Un jour, j'ai vu entrer un homme dans l'église de la paroisse, à l'heure de midi. Comme je devais aller déjeuner, je lui ai laissé la clef de l'église avec quelques recommandations pour la remettre ensuite en lieu sûr. Je ne connaissais pas cet homme. Mais je l'ai retrouvé ensuite au catéchuménat des adultes pour préparer son baptême. Il m'a dit : « Vous ne pouvez pas deviner le choc que j'ai eu en recevant de vous la clé de l'église. J'étais en recherche spirituelle, et je me suis dit : on te remet la clé d'un trésor, il faut partir à sa recherche ».

Il y a quand même des jours où l'action de grâce fuse d'elle-même.

La joie est de voir ce qu'on croit. Bien entendu, je crois qu'il y a un saint Esprit. Mais il y a des jours où tu le sens passer. La vie enracine tes croyances dans le sol de l'expérience.

Tu travailles dur pour pétrir le pain de la Parole à chaque dimanche. Mais elle te revient en grâces de foi, d'espérance, d'amour dans les vies de tes frères et soeurs. C'est toi qui enseigne et ce sont eux qui t'évangélisent.

On ne peut pas oublier tout cela.

jeudi 24 décembre 2009

A la prochaine, peut-être...

Nous sommes à la première étoile. Messe de Noël, avant le repas, bien sûr. Ou plutôt repas pas comme les autres.  Celui au cours d’une messe, en présence d’une crèche.  L’Enfant qui va naître, qui est déjà né, et naîtra encore et encore, que de possibilité de Vie pour nos Vies.

J’entre dans une maison de retraite, une parmi tant d’autres à Montmorency. Dans le couloir, une dame dans son fauteuil  roulant, derrière une autre, bien plus jeune.

- Bonjours, je peux vous aider ?

- Non, merci ! Je demanderais à l’infirmière. Vous savez, elle est lourde.

- Ah, comme vous voulez.

Un temps de pause dans la conversation si lourdement engagée s’impose tout naturellement. Et puis :

- Je vous ai vu tout à l’heure, on s’est croisé dans le couloir.

- Oui..., vous êtes le père.  

Le mot « père » sonne bien différemment un jour de Noël. Peut-on être père si l’on n’a pas été fils? Et fils si on n’a pas été enfant. La chaîne de mots déchaîne les sentiments au sujet d’un jour pas  comme les autres.

- Oui, je viens pour la messe.

- Ah...,  je suis venu chercher ma grand-mère. C’est ma fête, aujourd’hui !

Un nouveau temps de pause puis :

-  Je ne le savais pas...

- Votre grand-mère pensait assister à la messe ?

Oui, mais elle ne le savait pas. Là, il faut s’en aller, question d’organisation...  On reviendra l’année prochaine !

- Oui, peut-être, c’est dommage, juste une demi-heure....   Je bredouille sans trop réfléchir comment cacher mieux que cela la déception. Tout en me demandant comment  lui dire que c’est important...  L’année prochaine, c’est loin, l’année prochaine, j’ai des doutes sur l’année prochaine ; les mots sans voix restent coincés comme une arrête enfoncée dans la parois d’un tube d’acheminement vers la digestion probable.

 

                                                     ***

 

Comme c’est compliqué de s’entendre sur tout et n’importe quoi ; Sur l’essentiel et à partir des choses toutes ordinaires.

Tous les deux par-dessus la tête de la vieille dame, nous échangeons nos amabilités. Et nous restons, chacun à sa façon, gênés par cette histoire. J’aurais du me taire ! J’ai embrouillé les affaires.

Comme c’est difficile de s’entendre sur les choses de la vie ordinaire et surtout quand la fête s’y invite, comme un whisky, doublement !  

La grand-mère aurait aimé rester à la messe, elle l’a dit et cela se voyait dans ses yeux. La petite fille aurait aimé faire plaisir à sa grand-mère jusqu’au bout, mais elle ne savait pas qu’il y avait la messe. Et moi qui ai contribué à embrouiller tout cela je me suis engouffré dans le couloir pour aller à la messe, après avoir lancé à la jeune femme :

- Bon et joyeux anniversaire, madame et à la prochaine, peut-être... 

vendredi 18 décembre 2009

Le temps : don du ciel...

Les Scouts d’Europe organisent une formation interne destinée aux chefs. Thème oh ! combien accrocheur : La Gestion du temps.  Accrocheur, parce que tout le monde en est concerné.

J’apprends l’initiative par courrier électronique.  Je réponds après une poignée de secondes. Hésitation, discernement, je calcule le pour et le contre, qu’est-ce qui  est mis sur la balance du choix à faire ?  C’est pour dimanche soir de 18 h jusqu’à 21 h.  Je regarde dans l’agenda. Les vestiges d’un dîner gommé à la hâte laissent l’imaginaire occuper l’espace de la soirée ainsi rendu disponible. Mais surtout, ce dimanche c’est le grand évènement paroissial, la kermesse d’hiver. Elle se termine vers 18 h 30, mais il y a le rangement, c’est toujours le bon moment  d’être avec les paroissiens qui en ont assuré l’organisation et le déroulement. Le choix doit être fait: à qui consacrer du temps et pour quelle reconnaissance ? C’est vrai cette année j’ai prévu d’être  à la kermesse non seulement le dimanche après midi, mais aussi la veille. Et pourtant c’est la dernière année de la responsabilité d’un paroissien qui après 17 ans d’un dévouement efficace passe la main à un autre. Que choisir ? Je dois décider, cette décision m’appartient, je ne peux pas la déléguer à quelque d’autre. Je réponds au mail en annonçant ma présence. L’accusé de réception suit, tous les deux sommes tout joyeux. Puis il n’y a qu’à !

Je traîne samedi  (plus longtemps qu’initialement prévu car j’ai quitté le rassemblement de l’Eveil à la foi plus tôt que d’habitude) et dimanche  aussi, je traîne  en rencontrant les uns les autres, en recueillant des confidences, en jouant (difficile de gagner avec les ados au « puissance quatre »). Avant de partir  j’informe de la raison de mon départ au milieu des rangements le responsable et deux trois autres personnes et je m’en vais. 

J’arrive, une vingtaine de chefs, tous en uniforme, les moyens modernes à l’appui, les organisateurs mènent la rencontre de formation.  Je suis replongé dans le thème qui m’est cher pour ma vie de prêtre. Je l’ai proposé,  il y a  bien longtemps déjà, comme sujet de formation pour les prêtres. Que choisir puisque l’on ne peut pas tout faire ?  Qu’est-ce qui en moi décide de choix faits consciemment  ou subis mais dans les deux cas appelés à être assumés ? Quelles sont les priorités et pourquoi ? Choisir c’est bien mais s’y tenir c’est mieux, comment  réaliser  ce qui était prévu? Comment assumer les conséquences d’un tel choix ? Comment faire le discernement du rapport au temps ?  Ces questions qui reviennent en tête se laissent croiser avec celles que j’entends : 

Le temps nous n’avons sur lui aucune prise, il ne nous appartient pas. Le temps, nous le  subissons et si souvent   nous désirons le maîtriser. Mais nous pouvons aussi l’accueillir comme un cadeau, comme le don du ciel.

Ce temps qui n’est pas le même pour les uns et les autres ; le temps des parents n’est pas le temps des enfants, et le temps du prêtre n’est pas celui d’un étudiant. Comment penser le temps de l’autre ? Alors que l’on est déjà si préoccupé par le sien !?

Je crois que le temps de prière peut aider à y répondre. Le temps où Dieu a sa place, le temps où l’attention à l’autre n’est pas seulement de l’ordre de la mécanique organisationnelle. Le temps de prière par lequel nous avons terminé la soirée fut un temps de grâce, le temps où il suffit d’être.

Le temps d’écrire ce texte touche à sa fin; avant de terminer, juste une idée que je voudrais partager, entre deux temps en passant d’une activité à l’autre, j’essaie de m’arrêter un instant pour passer d’un temps à l’autre pour être disponible à ce qui va venir. Perdre ainsi un peu de temps c’est en trouver beaucoup.  J’espère qu’en arrivant au bout de ces quelques lignes  vous n’avez pas perdu trop de temps. Pour moi c’est terminé, le temps de prière et le temps de dîner. Et bon appétit en goûtant à la vie dans le temps !

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