LE BLOG DES PRÊTRES DE L’EGLISE CATHOLIQUE EN VAL-D’OISE

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vendredi 4 novembre 2011

Diaconie, Service du frère

Ce mardi soir du 18 octobre, un peu par hasard,  je suis tombé sur une émission consacrée  à la personne et l’œuvre du père Joseph Wresinski (ATD-QuartMonde) Je suis resté en repensant à notre visite en doyenné en juin dernier au Centre international de la documentation d’ATD-QartMonde à Baillet en France.  Je n’ai pas vu la projection du film qui l’a précédé. Le débat en présence entre autre de l’actrice Anouk Grinberg dont la justesse de parole ne trompait pas sur ce qu’elle avait compris en participant  au film, tournait autour du droit et de l’efficacité de la  redistribution équitable de richesses, matérielles y compris, bien évidemment. Les attitudes de charités et ou celles de droit, l’antinomie ou complémentarité ? Le débat faisait apparaître des clivages à caractère socio-culturel voir même idéologique et politique. Comment cela me renseigne sur la place de l’Eglise et la manière dont celle-ci  ‘colporte’ le message du Christ, tout amour, toute charité, qui se laissait rejoindre par tant de cris de souffrance et de mal être ?
   
Eglise : composée elle-même de pécheurs qui se laissent sanctifier par la grâce d’être frères parfois elle se présente sous les aspects d’une organisation caritative qui s’occupe des ‘handicapés’ de toute sorte, de mal en point et qui  cherche, non sans mal, des bénévoles acceptant d’accomplir des tâches  très concrètes dans l’attitude de service désintéressée.   L’Eglise se présente ainsi lorsqu’elle cherche des ouvriers de n’importe quelle heure pour travailler à la vigne du Seigneur. Les ouvriers sont là, disponibles. Et elle les cherche. A l’évidence ils ont du mal à se trouver. Au point que lorsque l’Eglise demande,  bien souvent, et face à l’immensité de la mission, pour la plupart ils ne répondent pas présents.  Cela ne veut pas dire forcement qu’ils ne le font pas, mais ils le font ailleurs au dehors et pas forcement pour la vigne du Seigneur, mais plutôt pour le pressoir des affaires courantes dont la nécessité de réagir  trouve chez eux un écho favorable. Mais pas par Eglise. Pourquoi ?

La laïcisation de la générosité, au sens évangélique du terme, est un processus long de plusieurs siècles et éventuellement il ne tarira qu’avec les derniers souvenirs d’avoir appartenu à la mouvance chrétienne.

Soit parce qu’elle, l’Eglise, demande mal (comme dans la manière de prier) au point que ceux à qui elle s’adresse ont  du mal à entendre ce qu’elle demande. Soit parce que ce n’est pas le moment pour eux de l’entendre dans la logique du ‘mon heure n’est pas encore venue’.

Dans le premier cas, c’est la communication horizontale entre l’Eglise prestataire de service et ceux à qui elle fait appel qui est en jeu et les améliorations toujours aussi nécessaires que possibles sont à envisager sans se lasser.
Dans le second cas, c’est la communication verticale qui est en jeu. Nous ne connaissons pas seulement  ‘ni l’heure ni le jour où le Fils de l’homme viendra’, mais nous ne connaissons pas non plus quand et pourquoi à ce moment là et non plus à un autre, donc seulement à ce moment là que le Seigneur vienne dans le cœur et ouvre à la  mission. Avec ces deux inconnues  pour viatique, nous traversons la vie de l’Eglise et en Eglise. Eglise qui continue sans se lasser à faire appel de phare, de pied et surtout de cœur pour qu’un jour selon ce qui est toujours caché dans le mystère de Dieu se révèle comme disponible à la grâce, se révèle ou pas. 



‘Jospeh l’insoumis’ (le titre du film)  ne peut pas ne pas déranger, interroger, sans abroger le besoin d’aller jusqu’au bout de l’exigence évangélique et surtout sans s’arroger le privilège d’avoir trouvé la solution au problème du monde et de sa justice.  Peut-être la diaconie 2013 permettra d’en entrevoir des portes ouvertes au cœur même de la rencontre avec le ‘refus de la misère’ journée mondiale du 17 octobre de chaque année depuis 1992 y étant consacrée.   

« La où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, le Droits de l’homme sont violés; s’unir pour le faire respecter est un devoir sacré » Joseph Wresinski, parvis des libertés et des Droits de l’homme au Trocadéro, Paris


mercredi 21 septembre 2011

Carnet de soleil

C’est un livre étonnant, dit mon voisin de voyage. En effet, il est étonnant parce que pour  ouvrir les pages il faut les découper. Certains  éditeurs le font parfois, c’est le cas de la poésie. C’est de la poésie.  Autrefois on faisait pratiquement tout le temps comme cela. Oui, mon voisin le sait. Il voyage avec ses parents, certainement pour visiter Paris. En attendant, il s’y prépare en révisant ses connaissances du français. Il a d’ailleurs commencé la série de nos épisodiques entretiens par demander ce que signifie le mot  ‘emmener’. Je fais alors l’apprentissage de mon anglais : ‘prendre quelqu’un pour aller quelque part avec’.

Je me réveille à la sortie du tunnel. Nous sommes déjà en France ?  Je ne sais pas. Si, si, nous sommes de l’autre côté. Sans nous en vraiment rendre compte. Moi, à cause du sommeil, lui parce que... .

Avant de m’assoupir, je venais de terminer  un livre en anglais. Passionnant d’intrigue et de thème. Nicci French sonne très inter national, transculturel plus exactement et certainement extra européen ouvrant les frontières aux autres continents, accueillant les alluvions des autres cultures et leurs expressions. The land of the living, ("Au pays des vivants", paru en 2002 NDLR) expression au contour d’un double hapax raconte l’histoire d’une jeune femme qui vit une étrange  tranche de son existence. Et ce pour le moins. Perdre la mémoire à la suite d’un burnt out c’est un peu fort de café. Mais se  trouver prisonnière d’un psychopathe n’a rien de rassurant pour son avenir. Même si elle échappe au ravisseur. Presque un mois pour se libérer du danger de mort provenant d’un troublé insatisfait. Un mois  pour reconstituer les chaînons manquant un par un, au moins pour ce qui fut essentiel pour sa survie. Faut-il toute une vie pour retrouver le fils de toute une vie. Donc deux vies, une en amont et une autre en aval ? Comme deux pages d’un livre qui se touchent, qui se côtoient sans se connaître.

Nicci French, comme tout romancier décidant de la vie et de la mort de ses héros, somme toute procédé moins dangereux que ce qui est à vivre dans la réelle vie, fait disparaître le monstre par le coup fatal porté par sa victime retrouvée. Faire crever les yeux n’est pas original, mais la force évocatrice est toujours là et aussi juteuse de sens.

A la sortie du tunnel, Christian Bobin s’invite à la danse sur le sens  de la vie à avoir. Lui, il n’y va pas avec le dos de la cuillère non plus. Il consigne tout cela dans un carnet ‘Pour Ghislaine’, une jeune de quinze ans ‘qui m’a aidé à porter  ensemble le secret de la faiblesse du monde.   Comment le faire sinon à l’aide de denses faisceaux de lumière se posant sur les pages  vierges prêtes à accueillir la subtile rencontre avec la vie. Sauf que Ghislaine a pris  un envol direct pour les étoiles et revient féconder  les pensées de Christian Bobin pour l’aider à porter la vie.

‘La jeune morte saute à pieds joints dans une flaque de lumière’

Nous sommes dans un aéroport, un grand hall d’attente quelque part. Je ne m’en souviens pas. Reste seulement cette image  qui force toutes les barrières de l’oubli de la vie. La scène est banale car se déroulant comme des milliards de fois, chaque fois lorsqu’un mammifère né nécessite  un apprentissage de la vie consistant à téter la mamelle. La jeune femme avec son bébé dans les bras, contre elle, sur son sein.

‘La jeune morte c’est toi, Ghislaine, et cette phrase qui me vient m’apprend que tu n’as rien perdu de ta gaieté, que ton âme a gardé l’insouciance attentive qui la rendait imprenable.‘

Les deux corps aussi frais l’un que l’autre. Celui de la mère pour nourrir, celui du bébé pour se nourrir. Ce qui les nourrit, les deux, c’est le lait qui circule entre elles comme naguère le sang les unissait à l’aide du cordon.

‘Le chêne clair de ton cercueil est depuis quinze ans  sur les tréteaux de mon cerveau. Des anges lui jettent des pelletées de lumière. Il ne blesse plus mes yeux. Il est comme un lingot d’or spirituel, une pudeur brutale de l’éternel pour ses enfants aveugles.’                         

Un carnet de soleil pour raconter qu’’il faut que la vie nous arrache le cœur, sinon ce n’est pas la vie’.

Je suis né avec le cordon ombilical  autour du cou. Bien serré, le cou. Comme si le lien de la vie prenait tout de suite  à la gorge au lien de prendre d’abord la sortie puis la séparation. Enroulé sur le cou le lien prenait de la place. Enroulé, sur le coup le lien  donnait de la place. La première gorgée d’air jetée dans les poumons donnait le la aux suivantes. Prendre de l’air c’est donner de la place. Avant d’arracher le cœur cela arrache les yeux.   

jeudi 2 juin 2011

Un jour de grâce

am.JPG Le 29 mai dernier, en l'église de Jouy, deux grands jeunes, un frère et une soeur, faisaient leur première communion. Jusque-là, rien que de très normal. Sauf que J. et L. ne sont pas à la messe chaque dimanche. J. y vient avec sa maman et deux anges gardiens, Christiane et Françoise, le jeudi soir. L. ne vient pas. Pourquoi? J. et L. souffent d'une maladie qu'on appelle l'autisme. Il y a 4 ans, lors d'un repas dans cette famille indienne, je lançais cette idée qui sur le coup parut folle : pourquoi ne feraient-ils pas leur première communion? Et l'idée a cheminé. Préparés avec patience et bonté par Christiane et Françoise, à l'aide de dessins, de musique, et de beaucoup d'Amour, le frère et la soeur peu à peu se familiarisent avec leur Dieu, venu pour les petits, pour ceux qu'on ne remarque pas, ou que l'on ne veut pas voir. Pourtant si eux sont exclus de la communion, alors moi aussi, et nous tous... La patience des parents, l'amour familial vécu au quotidien, un quotidien souvent semé de difficultés, de peur du regard extérieur, permettent cette préparation et sont même l'humus, le terreau sur lequel va pouvoir grandir la petite graine semée...

Dimanche 29 mai, ils sont là, dans leurs plus beaux habits. La communauté Tamoule s'est déplacée en masse. Mais aussi des amis de "la clé de l'autisme" à Vauréal, pas forcément croyants.

Des parents d'un autre jeune autiste, décédé lui il y a peu, sont aussi là. Ils auront l'oeil pour me signaler que lors de l'homélie, J. et L. s'arrêtent de bouger, ouvrent les yeux quand je cite leur nom... Paroles qui vont au coeur, Dieu a mis son corps entre nos mains... Les chants en français et Tamoule s'enchaînent, le papa lit un mot d'accueil très beau, expliquant la démarche et cette maladie si méconnue. Il prévient que L. risque de ne pas accepter l'hostie au dernier moment. Elle communiera alors "de désir" prévient-il, et c'est de fait ce qu'elle fera.

A la sortie de la messe, J. Et L. me tendent la main et la serrent. Ce n'était jamais arrivé en 5 ans. C'est un pas énorme. Le Seigneur est là. Ce qui était séparation se fait communion.

Je rentre pour repartir aussitôt à un repas de communion, dans le Vexin cette fois... Mon coeur est en joie. C'est je crois ma "plus belle messe depuis 12 ans." Un avant-goût du royaume. Ce royaume qui ressemble si peu au notre. Ce Royaume où la beauté, la première place, les héros, sont si loin de nos standards de beauté, de première place et d'héroïsme... Ce Royaume où les rois de la fête sont ceux que si souvent notre monde cache, isole, renie... Oui J. et L., vous êtes les rois de la fête, d'une fête éternelle, celle de l'Amour et de la tendresse de Dieu.

Tout est grâce.

jeudi 19 mai 2011

Béatification à Rome : Carnet de Voyage

Dans un ciel gris, puis sur une terre verte, des promesses et des leurs inaccomplissements. De retour à Paris, par avion depuis Rome, par envie de partager avec tant d’autres. Une aventure unique qui ne cherche pas à se singulariser. Juste participer à un commun élan du peuple qui par son serviteur soupire après Dieu lui-même.

Ce voyage n’était pas du tout certain. Certain était le doute sur la pertinence d’un tel choix : y aller était tentant, ne pas y aller rageant et laisserait des regrets. Y être ou ne pas y être, après tout, cela se vaut. Partir samedi après-midi et ne rentrer que lundi tout aussitôt après. C’est consentir à suspendre, à ne pas vibrer avec, à s’interdire. Il y aurait tant à dire ! Trouver des remplaçants où il le fallait, se contenter d’annuler la présence là où on le pouvait… Être là-bas sans être ici. Est-ce une tentation devant l’accomplissement de la mission ? dire non, merci ! et si la tentation était de l’autre côté ? laquelle des deux devait  finalement feinte d’être écoutée ?

Dans la voiture avec Georges au volant, me voici sur la route de Rome. Là aussi j’ai hésité, demander à quelqu’un d’autre. Après tout prendre ce qui  se trouve sous la main, ça c’est aussi un choix, c’est aussi un destin épousé afin de ne pas jouer au « looser ». Contrairement aux apparences, Georges conduit sûrement mieux qu’il y a encore quelques semaines. Georges commence a ressentir les effets des médicaments sur sa mobilité réduite depuis plus d’un an progressivement. Juste il y a un mois, un premier avril, là aussi c’est drôle ! Parkinson, comme chez le pape, on n’en meurt pas, mais c’en est déjà une annonce très explicite. Désormais, vous êtes cités à la barre de votre conscience. Vous allez chercher en toute hâte sa raison  et vôtre raison.  Les deux en une sublime connivence. De l’implacable, de l’aimable à l’amiable, pour vous arranger votre vie. Comme vous pouvez, comme elle vous permettra demain et surtout aujourd’hui.

Aller à Rome pour prier, pas de mal à cela. Mais, en attendant, prier dans l’aéroport. Valise légère, juste de quoi occuper son espace pour un habit qui ne fait pas le moine et quelques autres broutilles. F2 comme dans le jeu de bataille navale. Touché, mais pas coulé, sur tout le temps qui n’arrête pas de s’écouler avant que le retard soit dignement absorbé et tous les regrets du temps perdu, déjà maintenant et surtout juste après notre arrivée, résorbés, dégourdis. Ambiance de fête presque commencée et déjà entachée par une suspicion sur l’identité réelle, unique, simple, sans équivoque d’Aurélia. France – Italie, Paris – Rome, Aurélia connaît le trajet, elle connaît les deux pays. L’un qui l’a vu naître dans son corps, dans sa langue, comme le lait, maternelle. L’autre la voit toujours être au centre de sa vie en lui donnant le pourtour, le rivage, l’horizon, le point de chute, le point d’encrage. Juste pour un peu, juste pour longtemps, juste avec le temps qui l’amènera au prochain printemps. L’italien de la jeune fille, le  français de l’épouse. Est-ce la même ? Vous, les autres, partez, nous nous occupons de la dame ! Nous la retrouverons dans l’avion qui est plein des alluviens français charriés par les grandes marées de la convergence vers la Méditerranée. Vers le Sud de la mare nostra, le centre tellurique. L’enfant qui dort, c’est un enfant - qui ne  pense pas -  au  bonheur qu’il procure à ceux qui partagent avec lui, ou certainement c’est l’inverse, la même cage sonore. Hélas, la cage réveille mais n’endort pas. Deux heures d’effets spéciaux prodigués par la bonne volonté de tout le monde et les caprices de quelques uns. A moins que ce ne soit l’inverse, auquel cas il faudrait faire une symphonie de capricio, comme à l’amour du prochain. L’avion servant d’un majestueux aérien edificio.

Il ne suffit pas d’atterrir, il faut encore rentrer sur la surface de la croûte terrestre qui n’a rien d’un transport divin, céleste. Trouver le bon canon pour aboutir, comme les globules rouges, d’efforts sur la rampe d’acheminement vers les extrémités des articulations. Les tickets de bus ne sont pas pour le train. Les taxis à la régulière ne sont pas plus chers que le train. Mais nous ne le savons pas. Ni l’un ni l’autre ne nous sont connus dans  toute  leur vérité crue, nue. Billet à 14 € par tête ou la moitié par bras ou pieds. Tout au long du trajet non stop, nous brassons de l’air avec les pieds suspendus à l’annonce de la fin. Termini est un terme qui ne se décline pas à l’infini. Quand c’est fini, c’est fini mais pas pour nous. Taxi ou bus. Bus, pas bus 50-50. Les « bussiens » ont gagné de l’argent. Mais ils ont perdu en émotion. Les embouteillages, une femme taxi nous en avait déjà prévenus. C’est une manière discrète et évidente à la fois  dont peut-être seulement les Italiens ont le secret, de nous annoncer que la rallonge ne portera pas seulement sur le temps mais aussi au compteur. Mais justement de compteur il n’y en a pas. Je suis côté chauffeur et je le remarque, ne dis rien. Laissons venir. Bloqués devant Via Conciliatione, faisons le tour devant le Château d’Ange. Ce n’est pas tout à fait céleste. La machine à plein gaz, les millimètres en plein de confiance. Les foules se massent partout autour de la place. Nous passons devant la radio Vatican. C’est bon à retenir. Je dois y être le lendemain à 19h. Enfin, via Aurélia, comme notre Italiano-française. De plus en plus à nos aises. Certes en retard. Pas du tout sur le point de nous rendre à la veillée, au Colisée. Sûrs de devoir trouver le restaurant pour substantiellement compléter ce qui se donnait à apprécier culinairement dans l’avion. Même pas trois fois rien ! Notre tranquillité toute relative est troublée par la soudaine décision du chauffeur de ne pas nous acheminer jusqu’au bout, mais de nous laisser  quelques numéros avant. Bons prétextes, les travaux, la voie rétrécie. Et nous, bannis, surtout de notre plein gré. Mais pas en pleine liberté. Bon gré, mal gré, il accepte la somme diminuée de presque la moitié. La tricherie à la main, les billets de cinq euros à la place de vingt qui vient de lui être remis et qu’il brandit maintenant pour réclamer sa scabreuse pitance. Reste 200 m à faire et nous y voilà. Enfin. Réception charmante, italiano-française. Les clés, les chambres, les valises et nos corps. La jonction est faite. Pour un petit quart d’heure. Puis, sur la descente, non pas vraiment aux enfers. Dans un Papa Rex où règne papa mobile de la chanson populaire, d’opérette, de voix fortes, comme le corps de la chanteuse d’une ancienne ou future, dans un autre registre, prima donna. Les oreilles font le gros dos. Les gosiers se déploient comme les klaxons dans un vacarme carnavalesque. Nous sommes heureux de nous retrouver avec tant d’autres. Fondation Jean-Paul II, c’est le cadre dans lequel nous nous sommes réunis pour être à Rome et pour y être émus. Chacun à sa façon, chacun dans sa langue de sentiment à partager ou de sensations à consolider, des raisonnements à conduire. Retourner à pieds aussi. Nous remontons la via Aurelia. Trous, noir, phares, les pieds, les yeux, les bras. Tout se joue là.

La nuit est courte. 407 sera vite orphelin. Réveil à 4h30 pour être à 5h aux barrières. Quel plaisir de penser que chercher à ne pas être en retard cela relève de la plus haute importance. Que d’être plusieurs heures à attendre le début, d’ailleurs à ce sujet les avis divergent de 30’, cela relève de la plus parfaite stratégie. C’est Martin qui en a décrété de la sorte. Très gentiment, sans appel dans mes oreilles. Et je m’y suis rallié. Sans regret aucun. Équipé de nos habits réglementaires pour avoir droit à la place St Pierre. Sauf que je n’ai pas de surplis. Or, ceci n’est pas optionnel. Je le vois sur les billets en latin. On verra ! N’oubliez pas de revêtir votre surplis, dit-il d’une voix convaincue de la presque inutilité d’une telle injonction. Bien sûr je fais mine d’aller dans sa direction. Lui ne me poursuit pas, il y a tant à faire quand on est un heureux fonctionnaire. Entassés comme des sardines, côté à côte avec des montagnards, leur habit les trahit, de la région de Cracovie. D’autres Polonais, il y a aussi des hispanophones, des Italiens et certainement  bien d’autres. Mais être à la bonne place, c’est être à la barre qui délimite le passage de part et d’autre de la place.



Nous y voilà.  Bien cernés par deux indiens. Un prêtre de Passau. Après avoir étudié la philo à Rome, il a filé pour quelques années en Allemagne avant d’échouer sur le sud continent asiatique. Ils ont les premières places. Je suis juste second. Pas si mal. Devant eux, des jeunes prêtres et de frères d’une congrégation  www.michaelici.pl on pouvait lire sur leurs casquettes qui tant bien que mal les protégeaient du soleil. Derrière, diocèse de Kalisz, bien représenté. Vous connaissez ? Arthur K ? oui. Voici les présentations qui se poursuivent. L’un est directeur de la radio diocésaine. Nous ne sommes pas affiliés à aucune chaîne, indépendants, libres. Heureux. Votre évêque, Théophile W, il a été mon professeur au séminaire. Il est à la retraite. A côté, Gregor, notre ‘kazak des services diocésains’ converse aisément en espagnol avec les Argentins et en italien aussi. Il me fait un cours sur la nonciature. La question vient après les détails donnés par lui pour sa vie de formation à Venasque puis à Rome en droit canonique. L’Indien demande l’adresse, il voudrait visiter Paris. Passau est aussi à visiter. Pendant ce temps-là,  longue agitation sur la place qui se remplit d’heure en heure, les tracteurs, les camions, les ouvriers peu à peu disparaissent de la circulation.

Le corps du Christ miséricordieux se trouve devant l’autel en peinture. Le portrait de Jean-Paul II se trouve sur la façade entre deux colonnes de verdures rampantes et deux points de fleurs accrochées dans le vide. Le mur soutient.  A gauche de l’autel,  les cardinaux et évêques. A droite, les officiels, plus de 40 pays représentés : la Reine de Belgique est en blanc cassé. Seulement les têtes couronnées peuvent porter des robes claires. Pour les autres, le noir est de rigueur. Perles pour seuls bijoux. Gregor connaît tout cela. Lui, c’est le fondateur de St Edigio, s’écrit Martin. Quelle belle figure d’Eglise, un laïc, t’as vu Lech Walesa ? Et Fillon avec deux autres ministres devrait être là. Robert Mougabe du Mozambique, interdit en Europe a bravé la loi trop pesante pour lui. En face de nous, des officiels de seconde et troisième mains, dont la noblesse romaine.



Passe-moi ton bréviaire ! il aura été amorti, son port, sa présence. Puis Machenaud, les Cariot sont là aussi, de passage, disparaissent dans la foule, Pierre M. seul revient. Question de place. C’est notre évêque. Il nous fait signe. Une fois interpellé de façon sonore et gestuelle, il vient en compagnie de deux photographes qui travaillent pour Sigma, banque de données de photos. Ils s’y donnent à cœur joie. Nous sommes tous très joyeux et ecclésiastiques, cela se voit.

Trois hélicoptères  tournent, sur les toits côté sud, une ligne de caméra de reporters du monde entier. Côté nord, départements du Pape. Lumière dans sa fenêtre. Sur le toit du monde, des religieuses. Triées sur le volet. Mais personne n’est pas là pour s’envoler au ciel. Ou plutôt juste avoir de quoi apercevoir d’en haut ce qui se fait en bas, sur terre d’aussi exaltant, d’aussi spectaculaire. Les cloches sonnent, les prières deviennent inaudibles, les chorales chantent, la musique se déverse. La place est bercée par des résonances latentes. Bien avant, on a vu la papa mobile descendre. Maintenant elle remonte la douce pente que le pontife absorbe dans son geste de bénédiction. Plusieurs photos. Les Suisses aux couleurs de kermesse du folklore d’autrefois.



10h27 : l’annonce de la béatification, homélie, silence prodigieux, communion dans une cohue, les chaises bousculées. Les prêtres ont droit de communier mais pas de concélébrer. Derrière moi, un prêtre marmotte les paroles de consécration en polonais. Pas de communion dans la main, me lancent les Polonais de Kalisz. En effet, j’ai vu comme lui que le prêtre a refusé de la donner et a fourgué la Sainte Hostie dans la bouche. Gregor s’approche au geste de main. Refus. Bouche. J’y vais. Pareil. Je suis traversé d’une grande émotion. Sentiment d’indignation, de colère intérieure. Je n’aurais jamais pensé que cela irait jusque là. C’est la fin d’une époque ou le début d’une autre. Je prie, mais prier n’a rien de paisible, je prie pour les paroissiens, pour les baptisés, pour les amis, ceux de la Pologne, ceux de la France et d’ailleurs. Je prie et je rumine. J’ouvre les yeux, un autre prêtre s’avance  avec les mains ouvertes pour accueillir  la communion. En face, ce n’est plus le blanc de tout à l’heure, c’est un légèrement basané, un sud américain. Il voit, il réfléchit très vite, il décide, il donne la communion dans la main. Je n’en reviens pas. De nouveau, tout autant bouleversé, je reprends le chemin de mon raisonnement. Un soulagement profond. Comme celui qui a suivi la découverte de mon agenda que j’avais cru perdu au restaurant après la béatification, ou pire volé sur le chemin en traversant la place St Pierre ou les journalistes nous interpellent pour une brève interview. Vous allez vous recueillir devant le cercueil ? Non pas vraiment, pas maintenant mais demain. Hélas, nous ne pouvons pas y aller du tout.

Les retrouvailles au restaurant, il est 13h30, à la table à côté, trois femmes australiennes et philippines ; échanges d’adresses, l’une était à Manille pour voir le Pape, la philippine : moi, je ne peux que faire  bonne mine. Après la sieste si méritée, mais suivie d’une découverte, celle de l’absence de mon agenda ! Radio Vatican, là où Jean-Paul II se rendait si souvent. Invité par Elodie Chapelle (Christiane T y est pour quelque chose) en compagnie de Mgr Brincard du Puy, du confesseur franciscain, et deux journalistes, Isabelle S. du Figaro hors série et un autre de radio Vatican. Vous êtes pallottin, l’évêque ne tarit pas d’éloges, brèves mais appuyées. Franciscain a préparé tout un discours. Elodie l’arrête. L’Évêque parle en grand connaisseur de Marie, de la mystique et de la spiritualité du Pape. J’essaie de me situer un peu en franco-polonais apportant quelques faits de la vie du pape. Elodie est très contente. Je pensais bafouiller plus. Après toute la fatigue. Martin rencontre l’évêque. Isabelle me donne sa carte. En bonne catho, elle s’occupe aussi de l’adoration eucharistique pour les jeunes. L’évêque me demande les coordonnées. Elodie voudrait poursuivre la coopération. Dans la rue, photos, nous marchons vers le restaurant. Je suis toujours préoccupé par mon agenda, mange sans conviction. A table, aussi deux prêtres de Pologne (Lublin)



 Au retour, avec Martin, les Cariot, comme des carillons, surgissent, nous accompagnant sur la place St Pierre. La queue 2h30 à 3h, trop long. Nous nous contentons d’une prière, une dizaine de chapelet. Tout à coup, Jagoda avec son mari et deux couples d’amis qui viennent de Cracovie, je crois.  Tu n’étais pas à 15 h. Et vous ? oui, l’évêque a parlé. C’est moi qui leur ai dit cette rencontre le dimanche de Pâques lors du dîner chez eux. Le matin, Martin vient de partir après le petit déjeuner pris tous ensemble  et passé à discuter comme on le fait depuis dimanche matin. Je fais la valise. Il faut évacuer avant 10h. Tout est prêt. Le dernier regard dans l’armoire. Une veste, un veston. Pourquoi, est-ce que tout à coup, je me mets à palper la poche intérieure de la veste ? Je sors mon agenda. Le choc des retrouvailles. Je redeviens tout joyeux alors que j’en ’avais déjà fait le deuil. Un chemin spirituel de détachement. Pas content, contrarié, mon  chemin de vérité. Et me voici en harmonie avec moi-même. La béatification était-elle une parenthèse dans mon agenda ? Certainement pas car il y avait un avant et il y aura un après. Lequel ? je le pressens mais je ne le sais pas.

Karol Wojtyla, après sa mort, gardé dans la mémoire si sensible de tant de personnes et de manières particulières. Éric, un ami journaliste cameraman,  m’a écrit la veille de mon départ : à sa mort j’ai pleuré, à sa béatification je vais pleurer aussi. Par sa béatification, sa mémoire est confiée désormais à l’église de Rome et par elle à l’Église universelle. Ce dont la canonisation sera le signe officiellement posé, signe de reconnaissance pour la vie d’un témoin qui criait fort : « n’ayez pas peur, ouvrez grand les portes au Christ ». Portes de la vie, à la suite de Marie, Mère de Jésus qui était là jusqu’au pied de la Croix. Marie, dont Jean-Paul II, était Totus Tuus. Tellement il croyait que le chemin du Christ est sa Mère comme celui de l’Église est tout homme, chaque homme !

La joie d’être prêtre

Ordonné le 27 juin dernier, je suis pour quelques semaines encore le plus jeune prêtre du diocèse de Pontoise. Depuis près d’un an, le Seigneur m’a donné de multiples joies, et bien souvent je me dis : « le Puissant a fait pour moi des merveilles ! » (Lc 1,49) C’est cette joie d’être prêtre que j’aimerais exprimer en quelques mots.

 

  1. La joie d’être disciple du Christ

Je crois pouvoir dire que ma première joie de prêtre a été de redécouvrir la joie d’être disciple du Christ, la joie d’être baptisé. Lors des étapes importantes de notre vie, nous sommes amenés à reprendre conscience de ce que nous sommes vraiment, de ce à quoi nous aspirons en vérité. Les derniers mois de préparation à l’ordination ont été un beau temps d’action de grâce et de confiance en Dieu. En effet, c’est dans mon baptême que je puise la joie de vivre avec Dieu, en sachant que je suis aimé par lui. Le Pape Paul VI, en 1975, écrivait que

« l’homme éprouve la joie lorsqu’il se trouve en harmonie avec la nature, et surtout dans la rencontre, le partage, la communion avec autrui. A plus forte raison connaît-il la joie ou le bonheur spirituel lorsque son esprit entre en possession de Dieu, connu et aimé comme le bien suprême et immuable. » (Gaudete in Domino n°8)

Suivre le Christ est donc la principale source de ma joie. Et c’est la joie commune de tous ses disciples, de tous les baptisés. Il est vrai que cette joie prend un caractère particulier le jour de l’ordination sacerdotale : le prêtre étant médiateur en Jésus-Christ entre Dieu et tous les hommes, il est amené à suivre Jésus « de plus près », comme disait le Bienheureux Antoine Chevrier. Ainsi, je comprends mieux la devise de Monseigneur Hervé Renaudin, Tout en Toi à tous.

 

  1. La joie d’être prêtre

A la question « Comment vous voyez-vous dans dix ans ? » qu’on me posait souvent dans les examens d’admission aux écoles de commerce, il y a dix ans, j’étais bien en peine de répondre ! Alors je faisais preuve d’imagination, et d’un peu de bon sens, et j’improvisais…

Mais aujourd’hui les choses ont changé : je peux dire que dans dix ans, dans vingt ans, plus encore si Dieu me prête vie, je me vois prêtre, à l’autel, au confessionnal, dans les rues de ma paroisse, auprès des jeunes ou des anciens, auprès des fiancés et des familles en deuil, en train d’annoncer la Bonne nouvelle du salut et de célébrer les sacrements.

Depuis mon ordination, je découvre chaque jour un peu plus que : « C’est l’exercice loyal, inlassable, de leurs fonctions dans l’Esprit du Christ qui est, pour les prêtres, le moyen authentique d’arriver à la sainteté. » (Vatican II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres Presbyterorum ordinis n° 13) Si notre joie est liée à notre marche vers la sainteté, vers la vie en Dieu, alors elle est liée à l’exercice de mon ministère de prêtre ! Aujourd’hui en mission d’études, demain en paroisse ou en aumônerie – et après-demain ? – c’est dans la mission reçue de l’Eglise, vécue pleinement et dans l’action de grâce, que je trouverai ma joie de chaque jour.

 

  1. La joie d’être « serviteur de votre joie »

Mais une telle vision de la joie resterait très personnelle, alors que nous ne pouvons garder un tel trésor pour nous-mêmes et que nous savons que la joie grandit quand elle est partagée. Saint Paul le savait bien, qui écrivait aux Philippiens : « je partage ma joie avec vous tous. Et vous, de même, réjouissez-vous et partagez votre joie avec moi. » (Ph 2,17-18) C’est dans l’Eglise que la joie trouve son lieu de vie naturel, son plein épanouissement, et donc son sommet. Notre évêque l’écrivait il y a quelques années :

« L’annonce de l’Evangile pour laquelle les prêtres sont ordonnés puise sa sève dans la joie de la parole entendue, répétée et méditée : ‘‘C’est toi mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour’’ (Mc 1,11). Cette Parole est accueillie pour être communiquée ; elle est reçue dans un cœur qui connaît des hauts et des bas ; elle invite à se livrer généreusement à la méditation, et à la rumination des Ecritures comme étant les reflets d’une unique Parole qui ressource, fait vivre et réalise la communion fraternelle au cœur même de l’évangélisation. »(J.-Y. Riocreux, Lettre pastorale à propos du ministère et de la vie des prêtres du diocèse de Pontoise, 4 mars 2007)

Sur mon image d’ordination, j’ai choisi d’inscrire cette belle formule de saint Paul : « Serviteur de votre joie » (cf. 2 Cor 1,24). En effet, je crois que l’une des caractéristiques des chrétiens, et en particulier des prêtres, est de répandre la joie dans le monde, en partageant leur propre joie et en la suscitant dans le cœur de leurs frères. Quand j’écris « en particulier des prêtres », je veux dire que c’est en quelque sorte le métier des prêtres, à temps plein, que de répandre la joie dans le monde en annonçant et en célébrant le salut offert par Dieu à tous les hommes.

 

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Voici en quelques mots ce que je peux dire de ma joie d’être prêtre. Je sais bien que cette joie est fragile, qu’elle n’est pas quelque chose qu’on obtient ‘‘à la force du poignet’’, mais qu’elle est la récompense de ceux qui veulent suivre le Seigneur et qui se savent aimés de lui.

« Joie en toi et réjouissance à tous ceux qui te cherchent ! » chante le Psalmiste (Ps 40(39),17). A mon tour je veux chanter : merci Seigneur ! Tu es toute ma joie ! Donne-moi d’en vivre tous les jours de ma vie et de la partager à tous mes frères ! Amen !

jeudi 5 mai 2011

Beato !

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Bienheureux ! C’est le cri de joie qui s’est élevé place St Pierre dimanche dernier, après que Benoit XVI eut procédé à la béatification de son illustre prédécesseur, sous un soleil rayonnant, devant plus d’un million de personnes. Lors de l’homélie au ton très personnel que le Pape a prononcé, il nous rappelait notamment la place considérable de Vatican II dans le pontificat de Jean-Paul II, il nous aidait à voir dans ce Concile le lieu effectif de l’action de l’Esprit Saint dans la vie de l’Eglise. Il ajoutait : « Par son témoignage de foi, d'amour et de courage apostolique, accompagné d'une grande charge humaine, ce fils exemplaire de la nation polonaise a aidé les chrétiens du monde entier à ne pas avoir peur de se dire chrétiens, d'appartenir à l'Église, de parler de l'Évangile. En un mot : il nous a aidés à ne pas avoir peur de la vérité, car la vérité est garantie de liberté » ajoutait le pape. Un pape enraciné dans Vatican II, ouvert au monde, redonnant aux chrétiens la fierté d’appartenir au Christ et à l’Eglise… C’est l’expérience qu’ont ou faire les pèlerins qui avaient fait le déplacement. Foule joyeuse, qui malgré la fatigue des voyages en train ou en bus, l’attente interminable dans la nuit de samedi à dimanche pour accéder près d’un écran géant ou près de la place St Pierre (mission plus difficile !) a pu laisser éclater sa foi et sa joie. De toutes langues, races, cultures, c’est l’Eglise qui était là, heureuse de fêter un pape qui a tant donné. Pour ma part, je retiens ce moment privilégié, lundi matin, après avoir donné la communion place St Pierre lors de la messe d’action de grâce, de passer de longues minutes, quasiment seul, devant le cercueil du nouveau bienheureux, gardé seulement par 4 gardes-suisses, devant la tombe de St pierre dans la basilique. Moment intense, avant que ce cercueil ne soit disposé dans son emplacement définitif près de la piéta de Michel Ange. Je retiens aussi les moments de rencontres fraternelles, avec les paroissiens présents sur place ou les pèlerins du Val d’Oise, mais aussi avec tant d’inconnus croisés sur place… moments de foi et de joie ! Par exemple, dimanche après midi au séminaire français, temps d’évocation et de souvenirs avec Mgr Riocreux et les pèlerins encore présent à Rome (les jeunes ayant dû repartir malheureusement trop tôt !), puis visite du séminaire avec Edouard George. Mais aussi rencontres impromptues à Radio Vatican avec le Père Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège.

Ou encore lors de l’audience mercredi matin, ces belles discussions place St Pierre avec des pèlerins venus d’Allemagne, des Etats-Unis, de Singapour, ou encore un orchestre de Jumbés nigériens mettant « le feu » place St Pierre !

« Non abbiate paura! Aprite, anzi, spalancate le porte a Cristo! » N’ayez pas peur, Ouvrez toutes grandes les portes au Christ » !

Cette phrase, gravée en immense lettres blanches place St Pierre, peut nous guider tout au long de notre vie…

Bienheureux Jean-Paul II, priez pour nous !

P Amaury Cariot

mercredi 20 avril 2011

Se créer une beauté spirituelle...

Interview du Père Emmanuel Dupré Latour à Lourdes, par Dominique Hérissay - Avril 2011

D.H. : Père, vous avez quitté le Val d’Oise depuis 1995, et régulièrement, nous vous retrouvons avec joie à Lourdes au pèlerinage diocésain.

P.EDL : En effet, en 1995, à l’âge de 80 ans, j’ai pris ma retraite et suis parti en Bretagne. Je rejoins toujours le pèlerinage de Pontoise car je veux rester fidèle à mon diocèse.

D.H. : Pourquoi à Lourdes particulièrement ?

P.EDL : Je viens à Lourdes parce qu’on en revient meilleur, on s’y renouvelle spirituellement. On est dans un bain de grâces. A Lourdes on sent une communion entre les êtres humains ; on sent une moisson de foi, d’espérance et de charité. Lorsqu’on est à la Grotte, j’ai l’impression que la Vierge est là pour moi, pour nous, lorsque nous nous retrouvons dans le calme et le silence de la prière. On a toujours le risque de ne pas faire attention aux autres. On risque de ne demander les grâces que pour soi. On a tous le défaut de ne penser qu’à soi ; il faut s’ouvrir aux autres. Ici les gens se dégagent d’eux-mêmes et se donnent aux autres.

D.H. : Vous avez demandé à recevoir le Sacrement des Malades ; que représente-t-il pour vous ?

P.EDL : J’ai 95 ans et demi. Je repense à JP II qui a commencé son pontificat en disant « n’ayez pas peur ! » La peur éloigne de Dieu, de la paix, de la joie. Il faut associer ce pèlerinage aux sacrements de pénitence, d’eucharistie et d’onction des malades, quand on a peur, quand on est âgé. Il nous faut supprimer l’angoisse, l’inquiétude, la tristesse pour aller vers le positif. Le sacrement des malades nous redonne tout ça si l’on s’y est préparé. Ça aide à se préparer à la mort et à la résurrection. Pour y trouver la Force, la Présence, il faut renouveler les sacrements.

D.H. : Vous êtes prêtre, comment reliez-vous ce sacrement de l’Onction des malades au sacrement de l’Ordre que vous avez reçu en 1941 ?

P.EDL : Dans le sacrement de l’Ordre, le prêtre du Christ dit tous les jours les paroles du Christ qui fait rayonner le Christ. C’est Lui qui nous envoie. Le prêtre est signe de la paix. « Devenez ce que vous êtes » dit-on à l’ordination. Il nous faut développer les sacrements que l’on reçoit. Quel mystère bienfaisant que l’Eucharistie ! Cette certitude qu’on est aimé, pardonné. Toute notre vie on doit développer celui de notre baptême. Il nous faut renouveler les sacrements. Le baptême nous sanctifie potentiellement. A nous de faire vivre les sacrements ! Nous ne devons pas être tièdes. Les saisons ne se ressemblent pas. Chaque saison est belle. Il faut se créer une beauté spirituelle…

P. Emmanuel Dupré Latour

lundi 14 mars 2011

Trois bons larrons

Me voilà de retour du camp de ski diocésain avec les lycéens. Ils n’étaient pas nombreux, mais cela n’a pas empêché une réelle qualité de ce qui fut vécu, même si, comme toujours, l’âge du lycée peut se révéler plein de surprise. Le camp se déroulait pour le mieux. Les jeunes étaient progressivement rentrés dans la démarche que nous leur proposions fondée sur le thème : « Aimez vos ennemis. » L’équipe d’animation l’avait trouvé suffisamment provocant et profond pour faire avancer les lycéens. Et c’est ce que nous constations. Sous l’effet du thème, de ce qui était vécu, et sans doute de l’Esprit Saint, les masques tombaient et les jeunes dévoilaient doucement leur grandeur d’âme.
Les amitiés se nouaient et le meilleur de chacun apparaissait. Puis le dernier soir arriva. La veillée de conclusion du camp, festive comme il se doit, se préparait. Les jeunes rivalisaient en souvenir, en beauté des chutes, en imagination pour trouver la caricature juste et le bon ton. Puis subitement, c’est le grain de sable. Un animateur vient me voir pour me dire que des bouteilles de bière ont été trouvées dans le sac de Chilpéric. Catastrophe ! Ils sont terribles, me dis-je ! Le camp se passe formidablement bien et il faut qu’ils viennent tout gâcher ! Impossible de laisser passer, il faut faire quelque chose. Avant le dîner, Chilpéric se retrouve dans mon bureau, deux animateurs sont avec moi. À ma demande, il descend son sac qui est vide, comme par hasard. Après avoir insisté, cinq bouteilles de Heineken arrivent sur mon bureau (ce n’est même pas de la bonne en plus !), en insistant à nouveau, d’autres cadavres sont trouvés. Chilpéric est en face de moi, de l’autre côté du bureau et ne sait que dire, la joie du camp a disparu pour laisser place à l’expression terrible, et attendrissante, de l’enfant qui est pris en faute. Je prends le temps de lui rappeler la loi. Il est mineur, il est en infraction et peut être condamné. Surtout, je lui demande s’il a pris conscience de l’incohérence qui existe entre cette consommation d’alcool et ce qu’il vivait sur le camp. Évidemment, il me dit que oui, et que ce fut lors des confessions.
Évidemment aussi, il a eu trop peur des conséquences pour avouer sa faute, il a tenté d’échapper au filet. J’embraye alors sur l’importance de ne pas avoir peur de la vérité. Puis les autres animateurs posent leurs questions : est-ce une consommation régulière ? Non, c’était seulement pour le camp (« Ouf ! » me dis-je). Étiez-vous plusieurs ? (« Aïe !! ») Oui, trois (« Et m…, il ne manquait plus que ça ! »). De qui s’agit-il ? Gontran et Arsinoë. Et en voilà deux de plus dans mon bureau ! Joie des fins de camp qui se passent bien ! À nouveau, petit rappel de la législation avec en plus une remarque sur leur curieuse amitié. Tout cela a été prévu avant le camp, mais c’est seulement Chilpéric qui a apporté de l’alcool. Les charmants amis ! Ils en profitent sans risque, comme ils n’ont rien apporté, leur responsabilité légale n’est que fort peu engagée. Le ton était déjà sévère avec Chilpéric, les choses ne s’améliorent pas avec mes deux autres larrons, parce que, si Chilpéric est irresponsable, eux sont des profiteurs de la pire espèce. Cela ne leur est pas dit, mais ils sentent bien qu’ils ne gagnent pas des points en estime.
Puis, nouvelle question de ma part : avez-vous eu le sentiment d’être incohérence avec ce que vous viviez sur le camp ? Réponse fatidique : Oui. Alors pourquoi n’avoir rien dit ? Ils étaient trois dans la bêtise, trois dans la prise de conscience, trois dans la peur, trois dans lâcheté ! Mes pauvres larrons sont désespérés, ils ont la tête de mes neveux de cinq ans lorsque leurs parents les grondent. S’ils savaient comme ils m’attendrissent tous les trois, la vérité éclate, cela leur fait mal, et je sens bien qu’ils ne savent pas comment exprimer leurs regrets. Pour le moment, le ton n’est pas à la défense, elle est d’ailleurs trop maladroite, elle est à l’indignation des animateurs et du directeur. Nous sommes profondément déçus. Quelle est la réalité de ce qu’ils ont vécu sur le camp ? Bref, il faut mettre un terme, les visages allongés, blancs aux yeux rouges que j’ai en face de moi me fait penser que la leçon a suffisamment duré. Il manque tout de même l’information peu réconfortante de mon obligation de prévenir leurs parents.
Une fois tout cela fait, nous pouvons rejoindre le reste du groupe qui est passé à table. Le dîner se passe dans une ambiance bonne enfant, mais le bout de la table n’est pas à la fête. Une fois le repas terminé, je vois mes trois larrons se précipiter vers moi et demander à me voir. Nous sommes de retour dans le bureau, je les fais asseoir pour les écouter, mais ils n’ont rien à dire. Ils sont effondrés, tout simplement. Le temps n’est plus à la correction ni aux reproches. Ils sont là devant moi, écrasés par la culpabilité, se sentant sales… Le temps de la consolation commence. J’écoute leur silence, les visages sont dans les mains, les yeux sont rouges, mais la fierté empêche les larmes de couler. Ils sont KO, tout simplement. Entre la lâcheté, la culpabilité, la peur et la honte, ils ont l’impression de ne plus rien mériter, de n’être bon à rien. C’est alors que je leur dis qu’ils ne sont pas réductibles à cette histoire de bière. Je les ai vus vivre pendant le camp, je sais ce qu’ils valent, et ce sont des garçons biens, droits…
Une bêtise, cela arrive à tout le monde. J’en viens enfin à l’affection et à l’estime que je leur porte et qu’elles ne sont pas entamées par cette histoire. L’un deux lève alors la tête pour me demander comment je fais. À ce moment-là, je me lève et les emmène à la chapelle. Nous voilà tous les quatre à genoux devant le Saint Sacrement. Il n’est plus question de jeunes ou de directeur, nous voilà quatre enfants de Dieu, quatre disciples simplement devant leur maître. Puis je leur lis le triple « Pierre m’aime-tu ?» en Jn 21, la veille nous avions médité sur le reniement. Comment Pierre aurait-il pu répondre « Oui Seigneur, je t’aime. » s’il n’avait fait l’expérience du regard d’amour du Christ après le reniement. Je les invite alors à se laisser regarder par le Christ, se laisser toucher par ce regard qui relève, qui soigne, qui guérit et console.
Enfin, les larmes coulent ! Après notre prière, nous voilà de retour avec tout le monde. La veillée peut commencer, et je vois mes trois larrons, qui avaient déjà une meilleure mine, rentrer doucement dans le jeu. Ils sont présents à Complies et se proposent pour préparer la messe du lendemain qui clôturera le camp. Le lendemain matin, les visages sont encore marqués. Je dois appeler leurs parents et ils le savent. Une fois que cela est fait, je les appelle pour les informer. J’ai insisté pour faire comprendre que mes trois larrons ont surtout besoin d’être consolés. Il faut prendre le temps de les écouter, de les apaiser. Petit à petit, je vois leurs mines se détendre. De l’écrasement par la culpabilité, je les vois se redresser avec une lueur bien différente dans le regard. Je crois apercevoir quelque chose qui pourrait être la joie du pardon.
En tout cas, ils sont bien différents. C’est vrai, ils sont différents parce que j’ose croire qu’ils ont découvert quelque chose du vrai pardon, celui que reçu le bon larron sur la croix. La faute n’est pas comparable, mais le chemin de conversion qu’ils ont fait en 24h est étonnant. Je leur souhaite de tirer toutes les leçons de cette bêtise. Ce sont trois très bons larrons, puissent-ils partager ce trésor qu’ils ont reçu et c’est tous ensemble que nous avons pu rendre grâce au cours de la messe.

mercredi 9 mars 2011

Très rassurant…

CANTIN_Michel.jpgJ'apprécie le ton de liberté des prêtres sur le site de notre diocèse. Par ces quelques lignes, et profitant de cette liberté je veux dire que j'approuve ces nombreux théologiens de langue allemande qui appellent l'Eglise à « changer» ! Certes, sans surprise, de la part de certains médias, c'est le célibat des prêtres qui pose question, le plus souvent ; or leurs propos vont beaucoup plus loin.

Il est réconfortant de constater la convergence d'idées de certains théologiens de chez nous et... d'ailleurs appelant à dépasser les myopies et les lourdeurs actuelles de notre Eglise. Certainement, ces hommes ne sont pas « gens de salons» ni de sacristies. Nous retrouvons chez eux le désir de tant de chrétiens qui ne peuvent s'exprimer, « Chrétiens du silence » que nous fréquentons quotidiennement. Tous ceux-là avec qui il est plus facile de parler du Christ que de l'Eglise!

Personnellement, j'entre dans le « 4e âge » ; c'est donc sans aucun mérite particulier que je peux dire comme beaucoup, « j'en ai vu de toutes sortes et de la société et… de l'Eglise» Certes il y a eu une période d'espoir au moment de Vatican II, mais actuellement, se multiplient des études et colloques sur la faille grandissante entre l'Eglise et la société… Pourquoi ma réaction dans ce blog, alors que tant de sujets me dépassent et sur le Christ et sur l'Eglise? Pour être vrai, si je regarde dans le rétroviseur de mes 84 ans, je distingue un nombre assez impressionnant de gens simples, éloignés de notre monde ecclésial convenu, certains qui croient au Christ ; des « petits» pour un bon nombre d’une « belle humanité »... Plusieurs ont été pour moi des « maîtres à penser ». Je reconnais également avoir eu cette grâce particulière d'avoir « vécu à Nazareth» de 45 à 60 ans dans le monde du travail. S’imposait à moi le grand écart entre « Paroisse, Diocèse »... et la Route ou l'Usine.

Certainement, à moins de nous voiler la face, notre Eglise est en souffrance pour évangéliser le monde qui évolue si vite. Quels changements rechercher ? Le mystère de l’INCARNATION n'est-il pas le socle incontournable qui doit inspirer tous nos efforts pastoraux ? Ce n'est pas un détail si le Christ a passé 30 années à Nazareth. De là où, pensait-on, rien ne pouvait sortir de bon ! Mais là, Il apprenait à aimer ses frères humains comme le Père les aime. Sans autre pouvoir que celui de monter plus tard au Calvaire... pour se Relever...

Notre Eglise n'est-elle pas en manque d’Incarnation ? Je le dis facilement alors que beaucoup d'autres le vivent certainement mieux que moi. Mais après toutes ces années de service je suis convaincu que là, l'ESPRIT s'offre à nous. IL assure et rassure, L'ESPRIT d’INCARNATION.

lundi 28 février 2011

D’une famille à une autre !

1102pmachenaud.jpg Comme prêtre, nous sommes heureux de rencontrer de nombreuses familles.

Il y a plusieurs semaines, j’ai eu la joie d’accueillir une famille témoignant de leur foi en Jésus-Christ malgré une histoire difficile. Ce couple est originaire d’un pays où il est interdit de se convertir au christianisme. Pourtant, dès le lycée, tout d’abord lui, a découvert le Christ grâce à un de ses camarades. Par la suite, il a été baptisé en secret et à la Faculté, il rencontra celle qui allait devenir son épouse dans un groupe de jeunes convertis.

La police locale les a enfermé plusieurs mois et les a frappé violemment. Il leur a été demandé explicitement de ne pas croire en Jésus-Christ. Mais il leur était impossible de ne pas déclarer leur foi en Jésus-Christ. Les autorités diplomatiques françaises locales ont constaté leur état de santé, dégradé par ces violences. Elles ont fait le nécessaire pour qu’ils deviennent des réfugiés politiques en France. Ils sont accueillis pleinement grâce à de nombreux paroissiens, par la famille-Eglise locale. C’est une joie pour moi de rencontrer ces témoins d’aujourd’hui qui nous invitent à vivre en famille-Eglise.

Ces derniers temps également, j’ai été heureux de passer quelques jours de vacances auprès d’une famille amie avec cinq enfants. Quelle joie de vivre l’ordinaire de leurs jours : repas, jeux, prière… ! L’Eglise domestique qu’est la famille est le premier lieu d’évangélisation.

Ces deux familles m’évangélisent par leur façon d’être et leur façon de vivre et j’en rends grâce à Dieu.

samedi 5 février 2011

Joie !

père amaury

Quelle joie d’être prêtre…

En lisant la presse, j’apprends que 147 « théologiens » font circuler une pétition : les revendications ? Rien de très neuf, et parmi celles-ci, la ritournelle du mariage des prêtres.

Penseur, je revois ces prêtres « âgés » avec qui j’ai habité au début de mon ministère, et ceux que je côtoie chaque jour dans mon diocèse : des « rocs », usant leurs dernières forces en prêchant, réconciliant, visitant les malades… Je revois Edouard, Jean-Baptiste, ordonnés diacres dans ma paroisse, déjà prêtre pour l’un, bientôt pour l’autre. Visage donnés, vies offertes… Ni tristes ni frustrés, joyeux de mettre leur vie à disposition de Dieu et de leurs frères et sœurs, croyants ou non, cathos ou pas…

Alors, comme par enchantement, je ne suis même pas agacé par ces pétitionnaires de bureaux, peut-être finalement trop théologiens pour être pasteurs, ou ayant oublié que la théologie n’est pas affaire de pétition mais de service de l’Eglise. Je les oublie en les portant dans ma prière.

Je revois ma journée, mes journées, je revois ces histoires d’hommes et de femmes rencontrés au fil de la route…

Je me dis qu’une vie donnée est donnée, et que la reprendre c’est voler, comme nous disions enfants. Que certains échouent, n’arrivent pas au but, loin de moi l’idée de juger ou de jeter la pierre. Nous sommes tous, mariés ou pas, livrés au grès des soubresauts des nos vies très humaines. Et pourtant, ce sont ces soubresauts qui nous permettent aussi de discerner une fidélité, un choix prononcé, une promesse accomplie… Sans le Christ, nous ne pourrions rien faire…

Servir et aimer là où Dieu et l’Eglise nous appellent… Vivre de la vie de Dieu. Pour le donner et le proposer.

Il y a des soifs terribles, des attentes non assouvies. Elles ne se règlent pas à coup de pétitions et d’idées dans le vent… Elles se règlent à coup de disponibilité et d’oblation. Joyeuses vies offertes pour un Evangile des Béatitudes. Le reste n’est que banalité et vent tourbillonnant.

Bien sûr, en couple ou consacré dans le célibat, il nous faut porter cette joie, la cultiver, l’entretenir. Sinon nous ne tenons pas longtemps. Mais ces pétitionnaires en tout genre, qui nous martèlent la fin du célibat consacré, ou pour d’autres du mariage, introduisent non le vent de la nouveauté mais le pernicieux fiel de la désespérance. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les mêmes qui veulent marier les prêtres à tout prix sont les premiers à battre en brèche l’indissolubilité du mariage… Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois…

Je m’emporte… revenons à ces jeunes de l’aumônerie qui nous disent « apprenez-nous à prier ». A cette jeune femme qui appelle en larmes un dimanche à 12h45 : « maman meurt à l’hôpital, venez, elle n’a pas mis les pieds à l’église depuis 40 ans mais elle veut un prêtre ». A ces hommes et femmes de toutes races, langues, peuples et cultures, qui ont faim de Dieu, soif de vérité et qui ont confiance, malgré des vies cabossées. C’est pour eux que je suis prêtre. Et pour tous les autres.

Quelle joie, oui, quelle joie d’être prêtre, avec et pour vous.

P Amaury Cariot

vendredi 21 janvier 2011

Mgr Renaudin: déjà 8 ans!

Déjà huit ans qu’Hervé Renaudin,  notre évêque entre 2001 et 2003, nous quittait. Nombreux sont ceux qui ont alors ressenti le souffle de l’Esprit de Dieu  passer comme pour recueillir les effets de son travail apostolique de laboureur de consciences,  afin d’ensemencer la vie des graines de folie que sont des graines d’espérance. Qui ne se souvient de ses délicates attentions à l’égard de la troisième vertu  théologale qu’est l’espérance, à cultiversur le champs de la vie de foi pour une encore plus belle charité ?!

Nous étions quelques dizaines  à nous retrouver  dans la cathédrale de Pontoise pour ‘la messe du souvenir’  présidée par le P. Daniel. Ducasse, le vicaire général. Dans son homélie le P. Daniel faisait le lien entre ses souvenirs personnels, le livre programme de Mgr Renaudin  "La Vie entrée libre", les écrits laissés par l’ancien évêque dans le mensuel ‘Eglise en Val d’Oise’ et surtout son testament. Ainsi le 24 décembre 2002, hospitalisé et  conscient de son état de santé, il révélait son âme prête à entrer dans l’autre Vie et assurait d’accompagner tous ceux qui dans le diocèse auront à poursuivre la réalisation de l’oeuvre du salut.

Alors que chaque année un tel événement diocésain est organisé, certes  sans éclat et dans le recueillement de ceux qui s’y rendent, et ceci dans le respect de ce que le P. Hervé était, c’est seulement cette fois-ci que j’ai eu l’opportunité de m’y rendre.

Notre évêque est décédé à une date bien symbolique, car le 18 janvier, chaque année est inaugurée la semaine de prière pour l’unité de chrétiens. Nous étions unis autour de l’autel et puis sur sa tombe pour lever le regard plus loin, vers le dimanche de la Pâque, vers la résurrection pour la vie éternelle. Qu’il est bon de faire corps en Église pour ainsi recueillir la Vie.

Une messe et deux ordinations.

Une célébration qui restera dans la mémoire de beaucoup. L’église st Geneviève de Garges-les-Gonesse pleine à craquer, le curé n’y a jamais vu autant de monde. Deux séminaristes, originaires d’Afrique ont fait le choix  d’être au service de l’Eglise  du diocèse de Pontoise  qui est dans le Val d’Oise. Trois heures de célébration et pourtant personne n’a trouvé celle-ci trop longue,  même le fait d’être debout  semblait  facile à supporter.


S’impose alors le constat de l’extraordinaire rencontre du rite latin et de la sensibilité africaine. Ce rite qui a été élaboré dans et avant tout  pour le monde européen  occidental y a parfaitement intégré l’expression africaine.  Les mélanges d’expressions culturelles différentes sont possibles lorsque le fond commun est communément reconnu. Ce fond est constitué de la même foi. L’engagement plénier avec lequel les participants donnent du « tonus »  à la célébration est possible parce que la foi traverse et ‘anime’  toutes les dimensions de leur être.

Trois interrogations sur le mode occidental de vivre la foi :

- Sur l’impossibilité pour la culture occidentale d’exprimer la foi de la sorte

- Sur sa transmission,

- Et sa capacité  à accueillir les autres expressions.

Après avoir  vécu cette célébration pleine d’entrain,  marquée par la joie d’être ensemble et le dire avec les chants, les paroles, l’écoute, les yeux et les mains, de la tête aux pieds, comment ne pas s’interroger sur la difficulté occidentale à exprimer la foi chrétienne ? Sans entrer dans des considérations d’ordre historico-culturel à partir desquelles l’on aurait pu oser formuler quelques hypothèses pour tenter d’expliquer le pourquoi du comment, contentons-nous d’un constat d’ordre général. La difficulté  touche toutes les couches de la société et toutes les générations. Faut-il considérer cela comme une fatalité ou plutôt comme une invitation au dépassement d’une telle  situation ? Il me semble que l’amorce de réponse peut venir de la capacité à accueillir les autres  expressions culturelles.

La difficulté se voit aussi dans la transmission. La foi  n’a pas seulement  du mal à se dire mais  elle a aussi du mal à transiter d’une génération à l’autre. Comme si culturellement une sorte de verni recouvrait la surface des êtres  humains et ceci dès leur petite enfance,  empêchant ainsi toute possibilité de  gérmination et d’enracinement  de la Foi, comme acte confiant et librement consenti pour son  bien propre et celui des autres.  Et si, par chance malgré la présence d’un tel verni on assiste à l’accueil désiré et assumé, l’enracinement est mis à mal par la contamination qui se trouve dans ce verni. Le verni est en effet contaminé par un  virus très puissant, non seulement à cause de sa capacité de nuisance directe,  mais également à cause de sa capacité de mutation. Ce virus infecte toute rencontre avec l’intuition  croyante. Il s’agit de la puissance de soupçon comme base, comme mode opératoire relationnel. Le soupçon qui est visé ici n’est pas l’interrogation, ô  combien légitime,  sur la capacité à lire la réalité. Il s’agit d’un système programmateur de l’autodéfense grâce auquel l’individu pourra échapper à toute emprise sur sa liberté.

Ces deux constats  posent la question de la transmission de la Foi ou plus exactement celle des conditions de son apparition. La difficulté à exprimer et à transmettre nous interroge  sur la capacité  que ceux du vieux continent, ont et auront, à accueillir le souffle d’expression pleinement engagé de la foi portée par les chrétiens venus d’ailleurs. Mais aussi inversement,  c’est probablement à condition d’une telle réciprocité que la foi chrétienne survivra en Occident et ailleurs. Merci à Ange et à Parfait d’avoir exercé, dès le berceau de leur ordination diaconale,  cette diaconie qu’est  la charité et qui consiste à porter la foi des uns et des autres et d’avoir permis de le vivre à tous ceux qui s’y trouvaient. Et bien au-delà !


VOIR AUSSI L'ARTICLE PUBLIE SUR CATHOLIQUE95.COM 

jeudi 18 novembre 2010

L’Évangile en acte et en vérité

            Père François-Xavier Zeller (ancien curé-doyen d’Enghien et St Gratien de 2001 à 2007), s’est « invité » dans notre voyage œcuménique en Égypte d’une manière tout à fait inattendue. En effet, nous avons appris son décès le matin du 1er novembre, veille de notre retour en France, alors que nous partions pour la visite des monastères coptes St Paul et St Antoine du Désert.

            Père Zeller revenait lui-même d’un pèlerinage en Terre Sainte. Et les pèlerinages, il les connaissait bien ! Responsable diocésain de ce service durant de nombreuses années, il en était à la fois l’organisateur et l’animateur.

            A l’annonce de sa mort, notre pèlerinage a pris une toute autre dimension. Plongés depuis une semaine dans l’ambiance de la vie des communautés chrétiennes -  cooptes, orthodoxes et catholiques - mais aussi protestantes et presbytériennes, nous découvrions avec joie l’authenticité de la vie de foi de ces chrétiens qui, depuis St Marc, leur fondateur, transmettent de génération en génération (et avec quelle fidélité !) les traditions nourries des temps apostoliques.

            Nous revenons à Montmorency ou ailleurs dans le Val d’Oise avec le désir ferme de transposer chez nous ce que nous avons découvert et appris en Égypte.      Il s’agit essentiellement de deux domaines. Tout d’abord, la place centrale accordée à la vie monastique comme source de toute vie chrétienne des familles et des communautés paroissiales. Or, en Occident (pour des raisons historiques évidentes), le monastère joue actuellement un rôle différent car il est considéré comme un lieu possible de ressourcement. Alors que les monastères coptes en sont des piliers : c’est parmi les moines que sont élus les évêques et c’est chez eux que les chrétiens cherchent régulièrement et naturellement refuge pour approfondir et ressourcer leur vie chrétienne. Comme disait un copte rencontré lors de notre voyage : « quand, chez les moines, la vie spirituelle va, toute la vie chrétienne va ».

            L’autre aspect de la vie de l’Église en Égypte est l’attention portée sur les jeunes. Toute la vie ecclésiale est organisée pour faciliter l’ancrage des enfants et des jeunes dans la tradition chrétienne et ainsi leur permettre, un jour, d’être capable de dire eux-mêmes l’attachement au Christ. Et ce passage se fait de manière tout à fait naturelle, dans une ambiance familiale, puisque la paroisse est une grande famille où tout le monde se connaît et où chacun à sa place (continuité de leur propre famille). Certes, la situation de minorité y est pour quelque chose mais n’est-ce pas aussi notre situation en France ?

            Père Zeller, qui s’occupait des jeunes juste après son ordination en juin 1968, savait bien l’importance que l’Église devait accorder aux jeunes. Comme les chrétiens d’Égypte, il ne disait jamais que les jeunes sont l’avenir de l’Église. Mais il œuvrait là où cela était possible pour que les jeunes, accompagnés humainement et spirituellement, soient au présent l’expression même de la vie de l’Église.

            Ainsi, le père Zeller et notre voyage en Égypte nous interrogent sur les moyens à mettre en œuvre pour rester fidèle à notre mission.

            En relisant ce passage sur les jeunes et la famille, je me vois surpris en train de rêver. Mais peut-être vous aussi ? Et s’il y a des rêves qu’il est bon de partager, allons voir ensemble ce que l’on peut faire pour leur donner des contours un peu plus réels : ceux de l’Évangile en acte et en vérité.


lundi 1 novembre 2010

De la Toussaint au jour des défunts….

Tout au long du week-end, ces bénédictions de tombes et ces rencontres dans les cimetières… Soleil automnal qui vient comme une caresse apaiser les douleurs. Les yeux rougis par les larmes d’un deuil récent ou lointain, s’illuminent lorsque l’on dépose sur la dalle de marbre ou le tumulus de terre la petite bougie rouge de l’espérance. Prénoms gravés sur une stèle… Jade, 6 ans, Luigi, 3 mois, David, 19 ans, Pierre, 92 ans, Jennifer, 27 ans, Vanessa, 24 ans… Les villes nouvelles ont cette particularité de connaitre peu de décès, mais la mort frappe ici souvent très jeune… Souvenirs d’obsèques qui reviennent… Et puis il y a ceux qui reposent loin d’ici, au pays, dans les îles… Souvenirs de larmes mais aussi de guérisons, de réconciliations. Evocations discrètes de drames intérieurs créés par le deuil. Ebauches de réponses… Je vous Salue Marie..

Et puis il y a cette dame qui approche timidement… Un prêtre en soutane surplis dans un cimetière, c’est rare dit-elle… Elle ajoute aussitôt : et c’est dommage… Elle n’est pas chrétienne, ou si peu selon elle… Mais pourtant… Au moment de la prière commune au pied de la croix centrale qui marque le tombeau des curés de Vauréal, elle est restée à l’écart… Mais ensuite elle s’avance, tête baissée, larme à l’œil…. « Pour mon mari, parti sans messe, vous pouvez faire quelque chose ? » « Je crois que je devrais savoir faire » lui dis-je… et nous voici, devant la tombe de son mari. Souvenirs qui remontent, vie difficile, les dettes, l’alcool… Tranche de vie ordinaire de tant de familles écrasées par la solitude, les dettes, les malheurs… Alors dans ce cimetière, le soleil couchant réchauffe les cœurs brisés. La lumière de la flamme tremble dans ses mains fatiguées. Mais un signe de croix s’ébauche, un Je vous Salue monte vers le ciel, la tête se relève, se redresse…

Expérience d’un curé à la Toussaint, qui ne sait pas encore à ce moment là que le soir même, 50 catholiques d’Irak seront assassinés sauvagement en pleine messe à Bagdad. Qui ne sait pas encore que le lendemain, à la même heure, il veillera le corps sans vie d’un de ses confrères, le Père Zeller, parti vers Dieu au matin de cette fête de Toussaint...

Expérience de vie et de mort, de mort et de vie.

Expérience d’espérance, là où elle semble s’être retirée.

Des cimetières de Vauréal à ceux de Bagdad, des cimetières de Jouy à ceux de Taverny, la même prière qui monte… « Je vous salue Marie ».

Merci, Madame dont je ne connais que le visage, de ce moment partagé.

Merci, chrétiens d’Irak et du Val d’Oise, pour cette communion dans la prière.

Merci, François-Xavier, pour 42 années de sacerdoce et pour ce sourire et cette joie que tu évoquais sur ce blog et dans toute ta vie de prêtre.
Dans ton testament retrouvé chez toi figurait ces paroles du Curé d’Ars. Je cueille celle-ci :
« En aimant on va à Dieu comme un boulet de canon ». Merci….

P. François-Xavier Zeller

Une journée au tribunal

 Hier, j’ai passé mon après midi au tribunal. Je m’étais constitué partie civile contre un voleur de poules, pardon, un pilleur de troncs. C’est à peu près pareil. J’étais donc convoqué pour 13h30, ne sachant pas à quelle heure allait se dérouler mon affaire. J’aperçois l’huissier et lui demande quand sera jugé mon quidam en comparution immédiate. Elle me répond : « pas avant 16h30 ». Me voilà donc installé dans la salle du tribunal, à attendre.

Une première affaire de plants de cannabis, une deuxième affaire de drogue, puis un groupe de vingt-cinq personnes dont quatre dans le box sécurisé entre des gendarmes. Je me demande de quoi ils peuvent bien être accusés tous ensemble, et surtout, je me dis que s’ils doivent être jugés ce soir, je ne suis pas sorti, vu le nombre de personnes convoquées et vu le nombre d’avocats qui s’affairent. Après l’appel de chacun et les vérifications d’adresses, le président donne les chefs d’accusation : détention, vente et recel de cannabis pour les uns, de cocaïne et d’héroïne pour d’autres. Stupéfiant, non ?

La cour sort pour délibérer. Reprise dans une demi-heure. Il est 16 heures.

La cour rentre et donne lecture des sentences des trois première affaires. Prison avec sursis pour l’un, aménagement de peine pour un autre, et renvoi du groupe à une date ultérieure pour un procès durant trois jours. On passe à d’autres affaires. Un chauffard au volant de sa voiture qui a voulu régler son compte à un cycliste, chronique de la violence urbaine quotidienne ; un homme accusé d’avoir téléchargé des images à caractère pédo-pornographique, chronique d’une société immature et qui se réfugie dans le fantasme ; une jeune maman accusée d’avoir secoué à quatre reprises son bébé, aujourd’hui âgé de quatre ans et handicapé à 80%. Le président donne lecture des faits, pose de temps en temps une question. La jeune femme semble ne pas tout comprendre de ce qu’on lui dit. L’avocat de la partie civile cite les termes médicaux du rapport des experts. Elle est à la barre, tête baissée. Le procureur demande la peine, elle ne bronche pas. A-t-elle compris la gravité de ses actes et les séquelles graves pour son fils qui ne parle pas, dont le développement de ses membres inférieurs est inégal. Son avocat entre en scène. Il parle sur le ton de la confidence et tout ne parvient pas à mes oreilles. Il explique la banalité de la vie de ce couple, dont le papa n’est pas là, l’exigüité de l’appartement qu’ils habitent, les pleurs insupportables du bébé la nuit, l’incapacité de la famille à venir en aide… Chronique de la pauvreté quotidienne économique, intellectuelle, familiale, spirituelle… Seigneur, prends pitié de ce monde que tu aimes !

La cour sort pour délibérer et rentre vingt minutes plus tard, il est 18h20. Je ne suis pas sorti, mais lueur d’espoir, on passe aux comparutions immédiates. Un récidiviste qui se fait toper à plus de minuit alors qu’il déplace sa voiture de place de stationnement. Là, le procureur, jusqu’alors sévère se lâche un peu. « Tout de même, Monsieur, je vais demander à ce qu’on adresse des félicitations à notre police. Vous ne touchez pas à votre véhicule depuis deux mois, pour cause de détention et huit jours après votre sortie, alors que vous lui faites faire 50 mètres, vous vous faites reprendre. Avouez que la police est douée, ou que vous n’avez pas de chance. Ne jouez jamais au loto ! » Puis arrive mon affaire. Comme la cour n’a pas délibéré, je reste pour la dernière. Une jeune fille, mineure, agressée par un jeune de trente cinq ans environ qui lui a volé son sac et qui l’a menacée avec un cutter. Le jeune homme s’approche de la barre. Il a la tête dans les épaules. Il ne bronche pas, fait profil bas. L’alcool et le désœuvrement l’ont conduit à ce geste. La cour demande à la jeune fille accompagnée de sa maman de chiffrer le préjudice. La jeune fille ne comprend pas. Le procureur lui explique qu’elle peut demander de l’argent en réparation du préjudice commis. Elle répond qu’elle ne veut rien. Le président l’invite à se rasseoir et à en discuter avec sa maman le temps que l’affaire se déroule. A mi-voix, je l’entends dire à sa mère qu’il ne faut rien demander. Elle ne veut pas alourdir la peine de son agresseur. Elle fixera une somme dérisoire que la cour lui accordera. Son agresseur lui présente ses excuses avant la délibération finale. Ils sortent l’un à côté de l’autre. Elle l’encourage à se soigner. Elle m’a simplement confié qu’elle avait fait sa communion et sa profession de foi. Je n’ai pu que l’encourager à recevoir la confirmation. Il est 20h15.

Une journée ordinaire pour le tribunal de Pontoise. Une journée extraordinaire pour un prêtre qui a touché certes la misère humaine de notre société, mais aussi l’espérance chrétienne et la force du pardon. Un seul regret : celui de ne pas avoir été invité à vivre auparavant, dans ma formation, une telle expérience humaine et spirituelle.

lundi 4 octobre 2010

Lourdes Cancer Espérance



Lourdes Cancer Espérance
 

Trois mots qui vont si bien ensemble !

J’ai une amie qui est frappée
Par un cancer, terrible !
Par amitié pour elle,
J’ai accepté
De prendre part au pèlerinage
 
Me voilà donc embarqué dans un train
Et déposé devant la Grotte

Vous restez assis, toutes les célébrations
Assis, au moins là on est  comme eux,
Ceux qui le sont sans pouvoir être débout
Pour toujours de leur vie  sur terre.
 
Qu’est-ce que tu vois dans notre groupe ? 

Je vois qu’ici on ne peut pas tricher !
L’espérance apparaît sur le fond de la maladie
Lorsque l’on est jeune et beau et riche et en bonne santé
Cela n’arrive pas à tout le monde et ne dure qu’un temps
On ne comprend pas ce qu’est l’espérance
L’on n’en a pas besoin, c’est du vent,
C’est un concept vide,
Construire une relation avec les autres sur la base de la confiance
C’est inutile.
Or, ici c’est vital et le premier signe d’une telle espérance est la joie
Mais la joie sans la liberté intérieure n’est que simulacre
Ou alors le gage de la liberté future celle de pouvoir dire que
Je suis dans la joie de pouvoir prendre part un jour librement à l’espérance.


                             *

Deux grandes causes de la mort, nous explique le conférencier :
accidents cardio-vasculaires et les cancers.
Il y a aussi tout ce qui touche aux nerfs et à l’esprit,
Mai ceci ne touche pas directement le centre vital
Au sens physique du terme.

Les rencontres avec des prêtres, des connaissances communes :
Vous connaissez la Nouée ? C’est là que je suis né !
Des expériences similaires : vous savez ce que je retiens de ma vie de prêtre, auprès des malades, et auprès de jeunes ?  C’est de savoir répondre à la question que tout le monde se pose : de quoi l’homme a besoin ? Que l’on s'occupe de lui ! Comme ces jeunes qui  demandent à ce que leurs parents s’occupent d’eux.

"Où est-ce que l’on peut trouver les foulards que vous portez ?", demande une femme en polonais. Ah  bon ! Il faut être malade pour en faire partie et avoir droit de... ? Et vous ?
Il y a des exceptions, quoique (comme me disait un prêtre la veille à la réunion de prêtres dont un tiers se déclare atteints d’un cancer : tu dis que tu n’es pas  comme nous, les autres, mais il se peut qu’il y en ait un qui te bouffe déjà sans que tu en sois conscient, merci pour le rappel de l’horizon possible)

Merci à Mira de m’avoir entraîné dans cette aventure où on apprend à voir  avec les yeux  de ceux qui avant non plus, ne voyaient pas, mais maintenant,  sans  tout voir, ils voient mieux ce qui est bon pour l’homme vivant, tant qu’il est sur terre avec son souffle d’espérance, aujourd’hui exprimé, peut-être demain, sûrement, à solliciter !

vendredi 17 septembre 2010

Les hommes et les dieux !



Nous nous  trouvons  dans une salle quasiment vide (la séance nocturne au lendemain du lancement explique la rareté  du public).  Les hommes sont venus chercher quelque chose de divin. On croyait qu'il serait impossible de communiquer sur l’écran la spiritualité d’un groupe d’hommes. Le film démentit cet a priori. Le grand frère Christian avec tout le poids  de la responsabilité pour mener la petite barque de la communauté monastique sur une mer de vie  tellement agitée. Le magnifique frère Luc, dont l’humanité ayant grandi au soleil et au vent  du pourtour méditerranéen,  macéré  dans  le sacrement du frère,  s'est révélée dans l'exercice de la médecine   Le frère Amédée, qui avec un autre échappa au désastre,  avec ses yeux brûlants d’amour invisible et tous les autres. 

La poignante scène de la coupe partagée de ce vin qui préfigure le don de leur vie : des plans de plus en plus grands sur leurs visages qui de tout souriants pris dans le mouvement de l’ivresse mystique et d'un bonheur indescriptible se transforment peu à peu en graves pour dire que la fidélité à un nom : celui de l’amour qui ne déserte pas. Dure, exigeante, impensable, portée à maturité dans la seconde consultation pour savoir si l’on reste ou si l’on part. La peur n’est plus au même endroit, elle a changé de domicile, elle n’est plus à l’endroit qui est régi par le réflexe de survie. Elle est englobée, sertie comme une pierre précieuse dans un anneau de fidélité et portée dans les corps affaiblis chassés du repos de la nuit. La dernière marche sur la neige de l’Atlas, mêle les exécutants et les exécutés en puissance dans la même lenteur de la marche, dans la même torpeur de la nuit....

lundi 6 septembre 2010

Scout toujours!

Parmi des innombrables rencontres effectuées au cours de mes divers déplacements durant cet été, une me reste dans la mémoire très fraîchement enregistrée. Je rentre d’un camp de scouts en Savoie.  Le cadre de la montagne et la proximité du lac d’Annecy -la nuit des étoiles et les promesses sur le rivage, ça fait rêver !- disent beaucoup sur la beauté à laquelle même quelques rares averses ont heureusement contribué. Et quand la beauté de la nature s’offre pour accueillir la bonté de personnes la plénitude est là. 


Sur la route de retour des gorges où nous admirions naguère le travail de l’eau sur la roche ciselée  nous marchions d’un pas paisible quand un homme avec le sac à dos nous adressa la parole.

-Vous êtes scouts ?

-Oui !

- Moi aussi, je l’ai été, en Israël où j’avais même dirigé un rassemblement de 1500 personnes. Je marche pour la paix dans le monde.

-Et vous, vous êtes chef ? me demande-t-il 

-Non pas vraiment, j’accompagne les jeunes et les responsables de camp, je passe quelques jours avec eux. Je suis prêtre.

-Ah, c’est beau, moi aussi peut-être je ferais comme vous.

Plus tard je compris, qu’il voulait signifier l’engagement spirituel, lui, converti au bouddhisme depuis qu’il a fait son service militaire.

-et comment sont-elles, les communautés chrétiennes en France, peu de gens en font partie ? Beaucoup de non-croyants, n’est-ce pas ?...

-oui ! Ce n’est pas facile d’être croyant en France, je risque, pas très rassuré au sujet de sa réaction.    


Le soir il a participé à la veillée où il nous a appris une chansonnette qu’il avait composée en Roumanie :

Je suis un petit escargot, je marche à petit pas, je porte ma maison avec moi partout où je vais, chanter avec moi, le monde est beau, sourions, aimons-nous » 

Pour la mélodie adressez-vous aux scouts qui y ont participé.

Et ceci en plusieurs langues. Il est reparti tout joyeux  avec une version de plus : Jestem malym slimakiem.....      


Le lendemain au cours du temps spirituel nous avons échangé sur les cinq mots magiques de la prière : bonjour, merci, pardon, sil te plaît et je t’aime (« quand vous expliquez, je comprends tout, alors que le dimanche à la messe tout va tellement vite » me dit une scoute), alors que lui, tournée vers l’Orient à genoux était resté longtemps immobile.


Il est reparti vers l’Espagne, moi à Montmorency et le camp se poursuit  dans une très bonne ambiance. J’ai encore en tête le goût de plats du concours de cuisine,  les aires de chants, l’image des flammes léchant le bois embrasé de la veillée de feu et le silence de la nuit dans la forêt.   Il est bon de vivre cela, il est beau de partager la vie qui s’épanouie dans de tels endroits.    

mercredi 7 juillet 2010

« La vraie mesure de nos vies... »

On m'a demandé de vous parler ce soir non de mon chemin vocationnel, mais de la manière dont l'appel de Dieu résonne aujourd'hui, dans ma vie de tout jeune prêtre – je fête pratiquement mon 1er anniversaire d'ordination... puisque j'ai été ordonné le 28 juin dernier, avec le P. Jean Baptiste, ici même. A 30 ans, une vie nouvelle s'ouvrait, à la fois longuement préparée, préparée depuis toujours dans le cœur de Dieu, préparée mystérieusement dans ce cheminement humain et plus concrètement pendant ces 6 années de séminaire, et en même temps mystérieuse, impossible à anticiper : il s'agissait maintenant de vivre en prêtre...

Comme toujours dans la vie chrétienne, il s'agit de devenir ce que l'on est – et comme le dit Saint Paul, « ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu ». Par le sacrement de l'ordre, j'ai été bouleversé au plus profond de mon être. Je suis sorti de cette cathédrale différent de celui qui y était rentré 2h plus tôt. Transformation radicale! Radicale au regard de la foi... mais pourtant, je ne me suis pas senti beaucoup changé ; je restais bien le même homme.

Si je vous dis cela, c'est parce que le premier appel qui résonne dans ma vie aujourd'hui, c'est tout simplement … l'appel à être prêtre ! Un appel bien plus fort qu'auparavant, du temps où j'étais au séminaire. Puisque tu as reçu ce don, eh bien sois prêtre! Sois le vraiment, profondément, de plus en plus!  C'est un « Oui » à redire chaque matin : « tu m'as appelé, me voici » ; un oui à vivre dans l'action de grâce...

J'ai l'impression d'être comme une corde neuve, encore trop tendue, pour laisser résonner d'autres appels de Dieu, plus subtils, nuancés. J'en suis aux fondamentaux, en quelque sorte! La célébration des sacrements, la manière de se situer dans une paroisse... Cette première année a été très dense, riche en découvertes! Et les appels que je recevais chaque jour étaient aussi simple que cela, face à ces situations nouvelles : Donne toi ! Courage ! Regarde comme c'est beau, tel ou tel événement, telle ou telle rencontre ! Et j'essaie ainsi simplement, jour après jour, de m'accorder à ce don de l'ordination.

La caisse de résonance de cet appel de Dieu, c'est la prière, ce moment de cœur à cœur. J'aime à prier dans le calme du matin, avant l'agitation des activités : la journée s'ouvre différemment ! C'est le lieu de l'acte de foi, où l'on s'appuie fermement sur le Christ pour la journée ; lieu de l'écoute de la Parole de Dieu pour éclairer les rencontres, les décisions ; lieu pour rendre à Dieu ce qui est à Dieu, en reconnaissant que tout vient de Lui. La prière d'ailleurs elle même est un appel, Dieu qui m'attire à Lui, tant l'intimité avec Lui est la source de cette mission. C'est aussi l'appel qui résonne tout au long de la journée par la liturgie des heures, qui permet de demeurer dans ce halo de prière, appel aussi à tout remettre dans les mains du Seigneur. L'autre caisse de résonance, c'est la communauté : la rencontre de ce peuple, en particulier lors de la messe dominicale, donne consistance à cet appel à être prêtre.

Un appel qui se traduit par une invitation à être présent à ce que je vis, tout simplement. Présent à ce que je célèbre ; présent aux personnes que je rencontre : comme si le Seigneur me disait : « sois là !». Je crois que l'appel de Dieu passe beaucoup par les circonstances présentes. Un exemple :  ayant été attentif à ramener quelqu'un après la messe, je me retrouve à passer devant la maison d'une famille ayant vécu un deuil ; je n'avais pas prévu de les visiter mais je reçois cela comme une invitation, et je sonne. Nous avons eu une discussion riche et profonde, et je crois que ma présence n'était pas un hasard ce soir là – ni un plan de ma part...

C'est dans cette présence que se vivent la richesse et la joie du ministère de prêtre. Là qu'on découvre parfois, comme par flashes, le trésor dont nous sommes porteurs. Dans des visages transformés, dans des cœurs qui s'ouvrent, des démarches de conversion, des engagements missionnaires... on voit combien la puissance de l'Evangile est agissante !! Je suis régulièrement émerveillé devant de belles manifestations de foi, de charité... J'ai parfois l'impression, comme prêtre, de parler de l'Évangile et que ce sont les autres qui le vivent !! Simplement, peut être, parce que la situation qu'ils vivent sollicite particulièrement leur foi à ce moment précis... En tout cas, ces flashes m'invitent à vivre l'immense richesse de ces rencontres de toutes sortes, touchant à l'essentiel ou plus banales, comme des rencontres toujours porteuses du même appel : l'appel que Dieu lui même adresse à chacun. Cet appel de Dieu qui désire rejoindre tous ses enfants est aussi celui qui résonne en moi dans ces rencontres.

Autre source d'émerveillement et de joie : que le Seigneur se serve de moi, pauvre petit instrument, pour faire quelque chose qui me dépasse ! Une joie qui ne va pas toujours sans la Croix, car elle passe par la confrontation à mes faiblesses. Il faut bien que je l'avoue : ma plus grande difficulté, dans ce ministère de prêtre, c'est moi même. Limites, recherche de soi, peur de ne pas être à la hauteur... Eh bien, le Seigneur a voulu se servir de cela ! Et l'ordination, c'est cela : le sacrement  transforme le pauvre don de ma vie en don de sa propre vie à Lui !

Le pauvre don de ma vie... certains vont peut être dire, il en a de bonnes ! C'est quand même un geste pas évident ! Et c'est vrai : dire « oui », engager toute ma vie, cela me semblait une montagne avant de le faire. Cela demande un peu de courage ! Et pourtant, je commence à réaliser que c'est peu de choses, bien peu de choses... en regard de ce que Dieu fait de ce don ! Là est la vraie mesure de nos vies.

Et c'est pourquoi je voudrais terminer en vous parlant de l'Eucharistie, l'Eucharistie qui est au cœur de la vie chrétienne et qui est aussi au cœur de la vie du prêtre. La célébration quotidienne de la messe est essentielle pour moi : c'est ce moment d'identification totale, plénière au Christ, à sa vie donnée. Comme par la puissance de l'Esprit ce pauvre pain devient le corps du Christ, de même le pauvre don de ma vie devient don de la vie de Dieu. A chaque messe je replonge dans la grâce de l'ordination. C'est la grande joie, la grande grâce, le cœur de ma vie de prêtre, le lieu où l'appel se fait le plus fort, le plus pressant, le plus aimant. L'eucharistie m'appelle à m'unir au Christ et à m'offrir avec lui. Ensuite, il ne me reste plus qu'à vivre dans toute ma vie ce que j'ai vécu à ce moment inouï... Seigneur, qu'en te contemplant ce soir dans ton Eucharistie, nous puissions laisser résonner en nos cœurs l'appel de ton cœur qui veut attirer tous les hommes dans l'amour du Père!


Témoignage pour la Veillée de prière pour les vocations - 26 juin 2010

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