JMH = Jean-Marie Humeau
JBA = Jean-Baptiste Armnius
JMH
Lors de la journée du presbyterium, Jean-Baptiste m’accoste pour me demander s’il pouvait un jour venir goûter ma cuisine. J’ai immédiatement sorti mon agenda, et nous avons convenu d’une date.
JBA
De fait, nous nous étions rencontrés il y a quelque temps au séminaire des Carmes, et, connaissant les talents culinaires du P. Humeau, je lui avais déjà proposé à l’époque d’y goûter. Mais en faisant cette proposition ce jour-là, il est vrai que j’avais quelque chose derrière la tête.
JMH
Le samedi prévu arrive ainsi que Jean-Baptiste, soutane au vent et le repas commence. Il était le plus jeune, les autres convives ayant entre 35 et 85 ans. Lors de la journée du presbyterium, le père Berthet avait pointé le fait que nous, français, nous n’avons pas vraiment de culture du conflit et qu’il était préférable de parler de ces sujets (conflictuels) de manière calme plutôt que de les taire. Or, la soutane est sujette à discussions… Fort des conseils du père Berthet, devant les confrères un peu gênés, je demande à Jean-Baptiste pourquoi il a fait le choix de la soutane.
JBA
Le fameux samedi, je termine une réunion de caté le matin. Déjà en retard pour le repas, je me demande s’il est opportun que je vienne au rdv en soutane, craignant de choquer ou de passer pour un provocateur. Tant pis, me dis-je. Je suis comme ça. Je ne vais pas me changer exprès. Après tout, cela permettra qu’on en parle.
Le sujet a tardé à venir. Finalement, il arrive en même temps que le dessert (un succulent crumble aux fruits rouges), et nous nous lançons dans une discussion placée sous le signe de la bienveillance et de l’écoute. D’emblée, je réponds que sans chercher à m’excuser ou à me justifier sur mon choix, je suis prêt à en rendre compte.
Je réponds donc que la soutane, selon moi, avant même d’être un signe de visibilité (même si elle l’est) est un signe de consécration, ayant une conception de sacerdoce qui tire vers la vie religieuse. Cela me rappelle ce beau geste de la prostration au jour de l’ordination. De même que le futur diacre et le futur prêtre s’allongent de tout leur long pour dire l’engagement de tout leur être, de même, un vêtement couvrant tout le corps peut rappeler cette dimension d’offrande.
JMH
Le père Descolas raconte alors la fâcheuse aventure qui lui arriva vers la fin des années 60 où sa soutane se coinça dans la porte d’un ascenseur, ce qui l’obligea à quitter les lieux en tenue plus légère et l’incita à quitter cet habit.
Côté soutane, ayant fait un choix opposé à Jean-Baptiste –la soutane étant pour moi un vestige du XIXème siècle-, j’ai demandé s’il était conscient que ce choix pouvait être pris comme une provocation. Il est vrai que cela m’était souvent revenu aux oreilles.
JBA
Oui, oui, je suis bien conscient des difficultés – voire de la crainte – que peuvent ressentir certaines personnes (en général en France, et plutôt dans l’Eglise qu’ad extra), en raison – notamment – de la crise intégriste. Et c’est pourquoi je suis prêt à rendre compte de mon choix, sans le brandir comme une bannière ou une forme de militance.
JMH
Nous avons passé un bon moment ce samedi midi, et nous avons osé parler simplement de ce qui est trop souvent tu. Quelques jours après, parlant au père Riocreux de ce repas, je lui ai proposé d’en faire le récit sur le blog des prêtres. Il a trouvé l’idée bonne, mais a suggéré de le faire à deux voix : mission accomplie!
JBA
Pour ma part, j’étais très heureux de cette discussion. Chacun a pu exprimer son opinion sans l’imposer aux autres. Le but de ce récit n’était pas de confronter les arguments (notre discussion était plus longue), mais simplement de montrer qu’il était possible de vivre une vraie communion entre prêtres ne partageant pas les mêmes avis, et qu’une franche discussion permettait d’entretenir cette communion avec plus de vérité. Mission accomplie!