En décembre 2009, j’ai célébré le 62ème anniversaire de mon
ordination à Versailles. Je fais partie du cours 1947. Je suis entré au Grand Séminaire en 1940, le temps des privations de
toutes sortes. J'étais donc en zone occupée, ma famille, elle, se trouvait en
zone libre. Mon père est décédé en juin 1942. Aîné de la famille, je prends la
décision d'aider ma mère, fermière dans l'Indre. En 1944, je reprenais les
études au Grand Séminaire. Le cours 1947 comportait une quarantaine d'élèves.
La plupart furent ordonnés en juin 1947. D'autres, pour respecter le temps de
présence au Séminaire le furent en décembre 1947, ce qui fut mon cas.
J'ai exercé mon sacerdoce dans les paroisses suivantes : Villiers s/Marne (1948-1958), Argenteuil (1958-1971), Marines (1971-1997) et, depuis cette date en retraite à Chars (12 ans). Au fil du temps, que de rencontres, que d'évènements. Dans les souvenirs se côtoient souvenirs joyeux et souvenirs douloureux. Ils sont présents au dedans de moi-même. C'est comme un capital que je transporte avec moi et qui n'est pas sans répercussion dans l'existence que je mène maintenant.
Maintenant : comme un vieil arbre, je connais son dépouillement : les yeux voient moins bien, les oreilles entendent plus mal, les dents s'en vont et les cheveux aussi, les jambes ne sont plus aussi alertes. Mais il y a un acquis essentiel : ce qui donne aux jours leur valeur et leur sens. Ce qui est devenu pour moi le pivot de la journée : c'est la célébration eucharistique. C'est un temps que je vis intensément dans une union avec le Seigneur et avec tous les prêtres de la terre. J'entends au fond de moi-même le Seigneur redire « Faites ceci en mémoire de moi ».
Redire les Paroles qui sont les siennes. Laisser son Esprit répandre la confiance, élargir ses demandes à la dimension du monde, s'offrir avec Lui en sacrifice, accueillir le Seigneur pour travailler à la moisson en engageant le meilleur de soi-même.
Mon état physique limite mes activités. Mais il ne m'empêche pas de chercher à rendre à Dieu la louange qui lui revient, de lui présenter toutes les intentions des frères humains qui nous entourent, de rendre grâce pour tous les bienfaits qu'il accorde. J'essaie de rester en dialogue intérieur avec Dieu. Je le sais présent. Et, parce qu'il est là, il s'ensuit que je demeure dans la sérénité. Dieu est si bon. Dieu est si généreux.
Je connais au long des jours une grande part de solitude mais je n'ai pas à souffrir d'être solitaire car l'existence des médias est une source ininterrompue de communications. Chaque jour, grâce à ce que nous appelons les nouvelles, nous sommes informés sur la vie de nos frères et soeurs. Nous entendons les appels de ceux qui souffrent, nous pouvons admirer le dévouement de ceux qui leur viennent en aide.
Chaque jour, je me sens aidé et soutenu par la foule de ceux qui se sont conduits en témoins de l'Amour du Christ comme de ceux qui témoignent présentement. Ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont dit, ce qu'ils ont écrit est une source revigorante.
Oui, c'est bien l'essentiel de ce que je recherche : me laisser transformer par la présence de Dieu. Foi, espérance et charité, ce n'est pas seulement des mots, c'est une vie en chantier pour continuer le Royaume de Dieu.
Au jour de mon ordination, je disais : « Laetus obtuli universa » joyeux j'ai tout offert au Seigneur. Ce fut, je pense, excellent pour animer mon existence. Et, je poursuis en redisant avec le Christ Jésus : « Me voici, je viens faire ta volonté ».
Dans mon enfance, j'ai eu beaucoup de temps libre. J'ai du aider mes parents, fermiers, en gardant les vaches. J'avais tout le temps de lire. Et j'ai beaucoup lu : des vies de saints et aussi les Evangiles. Saint Thérèse de l'Enfant Jésus était très honorée chez nous. Et son exemple a été déterminant pour m'engager au service de Dieu.
Un texte liturgique affirme : « Travailler pour le Seigneur, c'est poursuivre un bonheur qui transforme la vie ».
Je fais mienne cette déclaration (du Psaume15,11) : « Tu m'as montré, Seigneur, la route de la vie, tu m'a rempli de joie par ta présence » !