Comment as-tu été sûr que tu étais appelé à être prêtre ? Cette question, on me l’a souvent posée. En mettant en relief une parole et une rencontre décisives, la réponse ne rend pas bien compte de tout le long parcours de discernement où le Seigneur a travaillé patiemment mon cœur avant que j’ose m’engager à sa suite en devenant prêtre.Pendant longtemps j’ai demandé : « Seigneur, si tu veux que je devienne prêtre, fais-le moi voir d’une façon claire ! » J’ai longtemps attendu un signe éclatant qui viendrait confirmer cet appel que je sentais intérieurement à le suivre et à l’annoncer aux autres comme source de vie et de joie. C’est en méditant un jour sur la rencontre de Jésus avec Bartimée, l’aveugle sur la route de Jéricho, que j’ai reçu cette interpellation étonnante de Jésus : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10,46-52) Par cette question, le Christ a renversé mon questionnement. J’ai pris conscience que je ne pourrai le servir qu’en acceptant de le reconnaître comme celui qui me guide, qui vient combler en moi les manques, guérir les blessures. Je ne pourrai le suivre en vérité qu’en acceptant de renoncer à compter seulement et d’abord sur mes propres forces et en le laissant agir dans mes faiblesses. « Ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort » dit saint Paul (1Co 1,27). Je pouvais alors répondre : « Oh oui Seigneur, si telle est ta volonté, je le désire ardemment, fais de moi un prêtre, capable de t’annoncer aux pauvres, aux faibles, aux blessés de la vie. Fais de mes mains celles qui vont pouvoir manifester dans l’eucharistie et dans les autres sacrements ton amour qui se donne. Fais de moi un ministre le l’unité que tu veux pour ton Eglise. »
Dans mon parcours, je veux faire aussi mémoire du témoignage d’un prêtre devenu mon accompagnateur spirituel et qui m’a aidé à franchir le pas et à demander mon entrée au séminaire. Il me disait un jour : « Tu sais, Thierry, je ne sais pas si ma vocation était d’être curé de cette paroisse. Peut-être qu’elle était de me marier et d’avoir des enfants ou encore d’être missionnaire en Afrique ou ailleurs. Mais ce que je vois aujourd’hui, c’est que je suis heureux dans cette vie à laquelle je me suis senti appelé et que j’ai choisie. Ce dont je suis sûr également, c’est que le Seigneur n’appelle pas qu’une seule fois pour toutes. Il m’a appelé à devenir prêtre il y a trente ans. Il n’a cessé de faire entendre son appel par la voie de l’évêque et de l’Eglise dans les diverses missions que j’ai acceptées. Je veux rester disponible aux appels que le Seigneur continuera de m’adresser. »
Aujourd’hui, c’est avec la même joie et la même disponibilité que je veux vivre la mission à laquelle je suis ordonné. Je suis heureux ici à Sarcelles comme je l’ai été avant à Domont et à Marines. Je sais que le Seigneur se fait entendre, voir et sentir par des médiations humaines ; c’est dans la confiance que je veux rester à l’écoute de son appel qui se manifeste par la voix de l’Eglise et de mes frères en humanité.